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Frédérique Bertrand, le trait et la couleur

Le fonds lorrain de la bibliothèque comporte depuis 2018 une collection d’albums pour la jeunesse, constituée d’ouvrages d’une quinzaine d’auteurs et illustrateurs habitant tous en Lorraine. Parmi eux, Frédérique Bertrand, diplômée de l’École des Beaux-arts de Nancy, est une figure majeure. Commencer à constituer une collection de dessins originaux d’albums pour la jeunesse avec une sélection de ses dessins comporte donc tout son sens pour l’enrichissement des collections du cabinet d’arts graphiques de la bibliothèque.

Le choix de l’acquisition

L’œuvre  de l’artiste est foisonnante et comporte tout aussi bien des titres pour la jeunesse que des illustrations pour la presse nationale (Télérama, Nouvel Observateur, La Croix, Le Monde), et, dans une moindre mesure, des publications pour adultes.

La première réflexion a donc porté sur les possibilités d’acquisition par rapport à nos critères de sélection. Une démarche envers le public scolaire est menée tout au long de l’année. Elle va de pair avec les programmes de l’Education Nationale tout en s’appuyant sur nos collections.

À cet égard, la presse est abordée sous l’angle de l’Education aux Médias et à l’Information (EMI) au cours de visites-ateliers. Cet aspect, présenté à Frédérique Bertrand, a retenu son attention par rapport aux dessins originaux qu’elle a proposés. En effet, son premier album, paru aux Editions du Rouergue en 1995 s’intitule Le Petit monde 1995. Il présente de manière ludique et minutieuse l’ensemble de l’actualité de l’année 1995, mois par mois, en s’appuyant sur des illustrations très personnelles et de courts textes mis en page de façon percutante.

Frédérique Bertrand, planche originale à l’encre de Chine pour Le petit Monde 1995

Tout comme dans un journal pour adultes, les informations sont de tout ordre : les 140 ans du sucre en morceaux sont évoqués à côté du premier métro de Varsovie (en 1995 !), les exploits sportifs ou le terrible génocide du Rwanda. La dédramatisation du pire survient par l’image, décalée et schématique lorsque le fait est trop grave. Ce choix de mise en page avec une information évoquant un très large registre se veut le reflet de la presse contemporaine : les petits faits sont abordés dans une moindre mesure en terme de taille dans la mise en page, et ils permettent de mieux gérer les éléments d’information majeurs.

Cette acquisition est exceptionnelle car elle comporte plusieurs types de travaux et l’intégralité des étapes de la réalisation de cet album : les planches réalisées à l’encre de chine, des collages, des planches reproduites avec calques et rehauts de crayon rouge et jaune, et enfin sur certaines planches des corrections au feutre noir ou rouge. Il s’agit de la maquette complète de l’ouvrage, soit plus de 65 planches.

Le cheminement tout le long de l’année 1995 se fait sur les traces d’un petit reporter que l’on retrouve à la marge de page en page et qui, au fil des mois, envoie des cartes postales de différentes destinations par delà le monde. Des doubles pages à la gouache viennent alors scander l’album. Elles représentent les capitales et villes importantes de sa prospection : Londres, Barcelone, Rome, Tokyo, Moscou, Mexico…

Les carnets

Les carnets à dessin de Frédérique Bertrand

Pendant ses études à l’Ecole supérieure des Beaux-arts de Nancy, Frédérique Bertrand avait pour habitude d’effectuer des croquis au fil des jours sur des petits carnets noirs. C’est ainsi que se sont façonnés ses personnages et son univers, le tout systématiquement à l’encre noire. Elle appelle ses petits personnages présents dans nombres de scènes ses “petits cancrelas”. Il y a dans ces dessins un faux air de Jacques Callot. Un univers mi-réel mi-imaginaire et fantastique ressort dans chaque petite scène.  Chaque croquis comporte des prises de notes établissant un éclairage sur le contexte de création et le tout constitue un véritable laboratoire graphique.

L’ensemble des douze carnets de la dernière année d’études de l’artiste (1993) est directement lié aux  premières publications à venir. C’est pourquoi, malgré l’attachement qu’elle a pour ces pièces uniques et fondatrices, Frédérique Bertrand a souhaité nous les proposer. Ils sont soigneusement rangés dans une boite en carton au format et constituent un petit trésor, un thesaurus de l’œuvre de l’artiste.

Ces achats ont été réalisés avec le soutien du FRRAB (Fonds régional de restauration et d’acquisition des bibliothèques).

Frédérique Bertrand, Les Cancrelas, carnets à dessins réalisés au feutre noir

Le jeu de cartes

Frédérique Bertrand, planche à la gouache pour une famille du jeu des 7 familles “J’aime ma planète”

Dans les années 2000,  le groupe BNP-Paribas a passé commande à Frédérique Bertrand de la conception d’un jeu de 7 familles sur le thème du développement durable. Les maquettes de ce jeu comportent sous forme de frise des familles habitant toutes les parties du monde (lapons, européens, africains, asiatiques), qui, dans leur pratiques quotidiennes et à toutes les générations adoptent des comportements éco-responsables.

Ces travaux originaux nous intéressent particulièrement car les accueils de classes effectués à la bibliothèque traitent en partie de ces questions là. Cet ensemble très coloré, complet et ludique nous a été donné par l’artiste en complément de ce que nous avons acquis.

Quelle valorisation à l’avenir ?

Frédérique Bertrand, Le Petit monde 1995, gouache pour la couverture et le dos de l’album

De manière classique, ces dessins conservés à la bibliothèque peuvent être prêtés à d’autres institutions, ce qui accroit logiquement la visibilité de ces oeuvres. Ces dernières pourront aussi être numérisées puis seront versées dans notre bibliothèque numérique de référence, Limédia Galeries.

Mais ces réalisations peuvent être un véritable atout pour les actions pédagogiques évoquées précédemment (une présentation sera faite à l’ensemble de l’équipe des bibliothèques de Nancy prochainement).  Ces actions s’inscrivent dans le cadre du contrat CTEAC de Nancy (Contrat de territoire d’éducation artistique et culturelle), de l’initiation au Médias (EMI) et à la sensibilisation de la fabrique de l’information.

Le jeu de carte est un outil de sensibilisation au phénomène de réchauffement climatique de la planète. Il a l’intérêt d’être le fruit d’une commande ciblée d’un groupe bancaire pour un produit d’appel et la réponse, avec sa propre vision, d’une artiste ayant beaucoup d’expérience pour transmettre des notions au jeune lectorat. Il a donc vocation à être utilisé à des fins ludiques tout en mettant en avant la symbolique des planches originales.

 

Ipoustéguy : l’œuvre gravé d’un sculpteur

Ipoustéguy figure parmi les sculpteurs majeurs de la seconde moitié du xxe siècle. Ses œuvres sont conservées dans les plus importantes collections publiques du monde et ses sculptures monumentales sont installées dans les grandes villes et les capitales comme Paris, Lyon, Berlin, Washington, Hakone (Japon). À côté des 612 sculptures de l’artiste, l’œuvre graphique tient une importance considérable.

Le dessin, la gravure ou l’illustration offrent à Ipoustéguy des supports d’expression différents, où la ligne se fait plus libre, la contrainte de la matière moins présente et où le tridimensionnel fait place à la surface plane. Là s’ouvrent alors de nouvelles perspectives artistiques, à la fois techniques et esthétiques. En 2024 et 2025, un ensemble d’œuvres est entré à la Bibliothèque Stanislas permettant de conserver et montrer ce travail graphique de l’artiste.

Oignon, 1989, gravure à l’eau-forte et aquatinte sur papier, 3/33, G-FG-ES-00179.

Ipoustéguy sculpteur

Né à Dun-sur-Meuse en 1920, Jean Robert, dit Ipoustéguy, est attiré très jeune par le dessin et la peinture. Doué pour le dessin, il souhaite devenir artiste mais il tait ses ambitions à ses parents qui ne pouvaient imaginer que ce soit une carrière. Il a 10 ans lorsque sa famille s’installe d’abord en Charente puis en banlieue parisienne. À Paris, il s’inscrit aux cours du soir de dessin de la Ville de Paris. Il y rencontre un professeur qui va marquer sa carrière, Robert Lesbounit (1904-1984),  qui lui fera prendre comme nom d’artiste, celui de sa mère, Ipoustéguy. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il a 19 ans, il est mobilisé à Dijon. Après l’Armistice il participe à ses premières expositions collectives à Paris et se lance pleinement dans une vie artistique. Au cours de ses travaux, il découvre les ateliers à Choisy-le-Roi du céramiste Le Noble et à partir de 1953, il se consacre à la sculpture. Sa carrière décolle dans les années 1960 avec un rayonnement international et des expositions collectives et individuelles. Les musées français et internationaux accueillent très vite les œuvres du sculpteur tout comme les collectionneurs.

Son œuvre est singulier. Au début des années 1960, il abandonne l’abstrait pour le figuratif. Profondément humaniste, il représente l’homme dans ses prises avec le réel, exprimant les combats de l’intérieur et de l’extérieur. On retrouve souvent l’anatomie de corps torturés, morcelés, mis en scène dans des postures expressives et puissantes. Parmi les œuvres emblématiques de l’artiste : Val de Grâce (1977), Mort de l’évêque Neuman (1976), Scène comique de la vie moderne (1976), Homme passant la porte (1966), Les Plongeuses (1967-1968), Femme au bain (1966), La naissance (1968), Maison (1976), Mangeur de gardiens (1970), Louise Labé (1981) ou Livre (1985).

Ipoustéguy graveur

La Bibliothèque Stanislas a reçu en don de la famille Robert (épouse, fille et petit-fils de l’artiste) l’intégralité de l’œuvre gravé de l’artiste. Ce sont 51 gravures qui permettent aujourd’hui d’appréhender son talent de graveur. Réalisées essentiellement en 1989 et 1990, elles sont de grand format, à l’eau-forte, aquatinte ou pointe sèche. Entre abstraction et figuration, elles montrent l’attachement de l’artiste à la ligne, à la puissance graphique du trait. Par son mouvement, son épaisseur, sa répétition, le trait structure sa composition. Il se suffit parfois à lui-même comme dans Elle réalisée en 1989. Puis vient s’ajouter le jeu du noir et du blanc, de l’ombre et de la lumière, de la nuance des valeurs que l’artiste aime traiter en aquatinte. Quelque fois, la couleur s’invite dans l’estampe, comme dans Petite Pomme et Grosse Pomme gravées en 1989.

Petite pomme, 1989, gravure en couleurs à l’eau-forte et aquatinte sur papier, 12/33, G-FG-ES-00145.

Il fait imprimer ses gravures sur des grandes feuilles, environ 60 x 80 cm, pour des cuivres de taille moyenne à petite. La place de la marge dans l’esthétique globale de l’œuvre est importante pour l’artiste. Elle participe à l’impact visuel, à la mise en scène, dans la réception du motif.

Cône, 1990, gravure à l’eau-forte, aquatinte et pointe sèche sur papier, 7/33, G-FG-ES-00184.

La justification de ses gravures est originale, car elles sont quasiment toutes tirées à 33 exemplaires. On retrouve dans ce choix numérique, l’esprit humoristique d’Ipoustéguy.

Son travail de graveur s’attarde sur la ligne et sur les jeux d’ombres et de lumière. On retrouve ainsi des caractéristiques similaires au domaine de la sculpture où la ligne et la lumière tiennent une place essentielle.

Ipoustéguy et le livre

En parallèle de ce don d’œuvres graphiques, la famille a donné des ouvrages écrits par Ipoustéguy et d’autres qui parlent de lui. Ils viennent compléter les achats de livres, réalisés en 2024 par la Bibliothèque Stanislas, qu’il a illustrés  de gravures ou de sérigraphies. Amoureux de littérature et de poésie, il commence à écrire dès les années 1940. Un premier ouvrage intitulé La Fam de Knut Hansum est édité à compte d’auteur en 1940. Puis il publie en 1960 Les Guerres du Milieu, trois nouvelles imprégnées de la violence et de la cruauté de la guerre.

Le sirop de la rue, coffret de quatorze affiches, nouvelle acquisition.

En 1968, il réalise un coffret d’affiches en lien avec les manifestations de mai 68 : Le Sirop de la rue. De grand format, couvert d’une toile rouge vif, ce coffret contient quatorze affiches qui illustrent les événements. On y retrouve certains slogans entendus dans l’Atelier populaire des Beaux-Arts où il en réalise une grande partie.

En 1969 il réalise vingt illustrations pour l’ouvrage Procès d’Henry Sylvestre.

La même année, avec Leaders et Enfants nus, il allie ses passions de la sculpture et de la littérature. Il réalise pour ses poèmes un coffret en acier et une suite d’illustrations composée de 9 plaques mobiles gravées sur de l’aluminium oxydé anodiquement et coloré au bain jusqu’à imprégnation dans la masse. Ce livre sculpture est la synthèse de son art : il est à la fois auteur, illustrateur et sculpteur. La composition intérieure est complexe : le livre de petit format est percé et fixé sur le trou central du coffret. Positionné sur le côté, il occupe un tiers de l’espace, laissant apparaitre la structure métallique du coffret. Les illustrations sur les plaques d’aluminium sont en couleurs, au format de l’intérieur du coffret et percées au centre pour venir s’emboîter sur le trou.

Leaders et enfants nus, 1969, coffret sculpture en acier contenant le livre et 9 plaques d’illustrations, nouvelle acquisition.

En 1974, il grave vingt-trois pointes sèches pour l’illustration de Léonard de Vinci ou la fin de l’humilité de Robert Lebel et illustre également de dix pointes sèches l’ouvrage d’Heinrich von Kleist, Das Erdbeben in Chili.

Le travail autour du trou, du cercle, initié en 1969 avec Leaders et enfants nus,  il le poursuit en 1976, avec Ronds dans l’O et le Pessimisme, un coffret composé de grandes sérigraphies accompagnées de textes. Assorti du sous-titre Le livre est un rond, l’artiste joue avec le graphisme du cercle en proposant un assemblage de planches trouées mais dont l’emplacement du trou est décalé. Il se créé alors l’illusion de profondeur, comme une sorte de tourbillon. Chaque planche est traitée dans des teintes différentes et souvent très vives.

Rond dans l’O & le Pessimisme, éditions Sigart Rome, 1976, nouvelle acquisition.

À travers ses gravures et ses illustrations, Ipoustéguy affirme l’importance de la ligne dans l’esthétique de toute chose, qu’elle soit figurative ou abstraite. Sa densité, son mouvement, sa pureté, sa manière d’occuper l’espace et sa dynamique sont des caractéristiques communes dans ses sculptures et ses œuvres graphiques.

Une vente aux enchères au profit des acquisitions patrimoniales : une autre forme de mécénat.

Le mécénat pour les collections publiques représente un enjeu majeur dans le contexte économique actuel. Les dotations de l’État diminuent et la culture n’est pas épargnée par les restrictions budgétaires. Dans cette situation, comment continuer les missions d’enrichissement des collections patrimoniales dont les coûts sont souvent très élevés ? Plusieurs types de mécénats existent en France pour les institutions culturelles. Après avoir mené avec succès une campagne de levée de fonds de 2018 pour l’achat d’estampes de Claude Weisbuch, la Bibliothèque Stanislas a pu bénéficier d’une autre forme de mécénat : une vente publique à son profit.

La générosité de la famille Jamar

En 1995, l’artiste lorrain Michel Jamar (1911-1997) avait fait don à la Bibliothèque Stanislas d’une partie de son travail. Un ensemble d’environ 300 dessins, estampes et ex-libris avait rejoint les collections de la bibliothèque et une partie avait fait l’objet d’une exposition cette même année.

En 2012, Xavier Jamar, son fils et Anne son épouse, complètent cette première donation en y ajoutant le fonds d’atelier de l’artiste. Ce sont alors plus de 10 000 œuvres qui entrent dans les collections patrimoniales, des livres, des dessins, des estampes, des matrices et la presse en taille-douce de l’artiste. Les peintures n’ont pas fait partie de la donation car la bibliothèque n’a pas vocation à conserver les peintures.

En 2023, Xavier Jamar fait part de son intention de vendre la collection de peinture et le reste des estampes au profit de la Bibliothèque Stanislas. L’argent récolté doit être mis au profit des collections patrimoniales pour l’acquisition d’œuvres de graveurs lorrains anciens et contemporains.

La vente s’est déroulée le 22 février 2024 dans l’étude Alexandre Landre de Nancy et a fait l’objet d’un catalogue imprimé. Plus de 300 lots sont passés aux enchères publiques, tous n’ont pas trouvé preneur et certains sont parfois repassés dans des ventes en ligne ultérieurement. Cette vente a rapporté 3 554 euros. Le chèque a été remis officiellement le 12 juin 2024 par Xavier Jamar à la ville de Nancy, lors d’une cérémonie à la Bibliothèque Stanislas.

Catalogue de la vente du fonds d’atelier Jamar

Des achats ciblés

Les œuvres acquises grâce à l’argent de cette vente ont été sélectionnées avec soin  : des œuvres rares ou dont les créateurs sont peu représentés dans les collections.

Ainsi, neuf estampes anciennes et modernes ont été acquises auprès de galeries parisiennes spécialisées.

Nicolas Guillaume De La Fleur (1608?-1670)

Originaire de Lorraine, Nicolas Guillaume a travaillé un temps en Italie, à Rome, avant de revenir s’installer en France. Le nom « de la Fleur » est un pseudonyme lié à la qualité des gravures de fleurs qu’il a réalisé.

Autoportrait, 1638
Frontispice d’une suite de douze Etudes de fleurs
Gravure originale à l’eau-forte et au burin sur papier vergé
175 × 140 mm, filet de marge
Belle épreuve de l’état définitif (sur 2), avec l’adresse de Mariette
Filigrane : Armoiries (Heawood 719)
Provenance : Collection Ernest-Théophile Devaulx (Lugt 670)
Collection François Heugel (L. 3373)
Référence : Robert-Dumesnil 1 ii/ii, IFF 1                                          Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-07422

François Collignon (1609-1687)

Né à Nancy  vers 1609, François Collignon apprend le métier de graveur auprès du maître lorrain Jacques Callot (1592-1635). Très empreint du style de Callot, il produit de nombreuses gravures et devient également éditeur et marchand d’estampes. Il est actif en Lorraine, en France et en Italie au XVIIe siècle

Les Quatre Saisons, vers 1645
Suite de quatre eaux-fortes sur papier vergé
89 x 270 mm ; marges 102 x 282 mm
89 x 270 mm ; marges 102 x 281 mm                                                                   90 x 270 mm ; marges 108 x 282 mm                                                                  89 x 270 mm ; marges 104 x 284 mm                                                              Non référencé dans l’IFF                                                                       Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-07424 à 07427

Jules Bastien-Lepage (1848-1884)

Jules Bastien-Lepage est un artiste né à Damvillers dans la Meuse. Il est un des grands représentants de la peinture naturaliste française. Ses œuvres colorées, vibrantes, montrent souvent des scènes de la vie rurale, les travaux paysans. Son œuvre gravé est très limité puisque que seules cinq gravures sont recensées.

Faucheurs à Damvillers, 1879
Eau-forte
193 × 275 mm, marges 308 × 459 mm
Très belle et rare épreuve du premier état (sur 2) sur vergé crème, avant la réduction de la plaque sur la partie droite, annotée « Bon à tirer » et signée « J. Bastien-Lepage » dans la marge inférieure.
Référence : Aubrun G. 746 i/ii, IFF 1-2                                      Bibliothèques de Nancy, M-FG-ES-00820

Faucheurs à Damvillers, 1879
Eau-forte
195 × 259 mm, marges 314 × 474 mm
Belle épreuve de l’état définitif sur Chiné appliqué, avec la réduction de la plaque sur la partie droite.
Référence : Aubrun G. 746 ii/ii, IFF 1-2                                                    Bibliothèques de Nancy, M-FG-ES-00821

Retour des champs, 1877
Eau-forte 275 × 190 mm, marges 477 × 309 mm
Belle épreuve sur vergé crème d’Arches, épreuve avant la lettre.

Référence : IFF 1-1                                                                                Bibliothèques de Nancy, M-FG-ES-00819

 

Léopold Poiré (1879-1917)

Né à Metz en 1879, Léopold Poiré vient s’installer à Nancy autour des années 1900 et entre au service de l’ingénieur Bellieni. Photographe de talent, il apprend la gravure avec Victor Prouvé (1858-1943) et les artistes de l’École de Nancy. Son œuvre gravé est original et s’inspire de son travail de photographe.

Les Cygnes, vers 1910
Eau-forte
69 x 159 mm, marges 265 x 325 mm
Belle épreuve avec une teinte de fonds en bleu.                                            Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-07423

Jochen Gerner, artiste aux multiples facettes

Jochen Gerner, né en 1970 est  auteur et dessinateur. Depuis les débuts de sa démarche créative, il mène une réflexion sur l’image imprimée, aux frontières de la bande dessinée et de l’art contemporain. Installé à Nancy, son travail a des orientations multiples : la presse1, plus de quarante « livres d’images et de bandes dessinées » depuis 1993, une quinzaine d’albums pour la jeunesse,  et la contribution à de nombreux ouvrages collectifs. En perpétuelle recherche sur l’assemblage de l’image, du texte et des formes, Jochen Gerner a également réalisé une multitude d’estampes et de dessins. En France, il est représenté par la Galerie Anne Barrault (Paris). Sa renommée est internationale.

Jochen Gerner dans son atelier. © Arno Paul.

Jochen Gerner avait depuis 2018 eu la générosité de faire plusieurs dons d’estampes, d’affiches et d’albums à la bibliothèque Stanislas.

L’année 2023,  constitue une nouvelle étape avec plusieurs de ses œuvres qui viennent enrichir le fonds lorrain graphique, notamment quatre planches originales dessinées  pour la presse qui rejoignent les collections de la bibliothèque, à titre onéreux, avec le soutien du FRAAB2. Un nouveau don de la part de l’artiste de neuf estampes représentant chacune des univers différents vient étayer significativement ce que nous conservons déjà de lui. Jochen Gerner est désormais représenté dans les collections avec quatre dessins originaux et plus de vingt estampes.

« Douze dessins pour comprendre le monde »

Dès 2014, Jochen Gerner est pressenti pour une collaboration éditoriale  avec Le 1, journal hebdomadaire au format peu commun, tout comme son contenu. Ce dernier se déploie comme une grande affiche. Chaque semaine, différents journalistes,  spécialistes, écrivains, scientifiques et  artistes présentent leur point de vue sur une thématique déterminée par la rédaction. Jochen Gerner décrit la rubrique « Repères » pour laquelle il est sollicité :

« un peu comme une maquette dans la maquette même du journal, puisque je dois construire un équilibre idéal entre le dessin et le texte. La planche ne doit être ni trop dense, ni trop minimaliste. »

Il alterne donc certaines vignettes assez techniques avec d’autres dessins plus synthétiques. C’est une histoire de rythme visuel, mais également un principe narratif assez délicat : didactique et léger, sérieux et parfois humoristique. L’artiste traite le sujet indiqué par l’équipe de rédaction  au moyen de 10 à 13 repères. Il illustre ces courtes phrases illustrées en dessins, pictogrammes ou petites saynètes. Ce format et cet aspect minimaliste très graphique du traitement des sujets sont voulus par la rédaction du journal Le 1, et plus particulièrement par son directeur artistique3. La démarche artistique de Jochen Gerner, ses expérimentations formelles et la construction de son travail graphique autour de l’assemblage du texte et de l’image, correspondaient aux attentes de la rédaction pour cette rubrique dessinée.

Lorsque nous avons manifesté notre intention à Jochen Gerner d’acquérir des dessins originaux, il a évoqué ces dessins de presse. Ces planches ont été dessinées sur un papier de 80 grammes au format 29,7 cm sur 21 cm. La technique est identique pour chacune d’entre elles : encre de Chine, feutre noir et correcteur sur papier. L’artiste nous a proposé de faire un choix parmi ses très nombreuses réalisations selon deux critères : le rapport avec la Lorraine et ce qui constitue le savoir, dont voici la sélection :

Trois siècles de pédagogie, Repères, paru dans Le 1 #119 (31 août 2016)

Jochen Gerner, Trois siècles de pédagogie.

 

Ces écrits qui ont changé le monde, Repères, paru dans Le 1 #157 (31 mai 2017)

Jochen Gerner, Ces écrits qui ont changé le monde.

 

1917 dans le monde, Repères, paru dans Le 1 #Hors-série (15 novembre 2017)

Jochen Gerner, 1917 dans le monde.

 

Jeanne d’Arc : l’étoile filante, Repères, paru dans Le 1 #211 (18 juillet 2018)

Jochen Gerner, Jeanne d’Arc : l’étoile filante.

La vente de ces quatre planches est enrichie des textes de travail préalables au dessin. Le processus est le suivant : chaque début de semaine, Jochen Gerner découvre le sujet de la planche à réaliser pour la fin de semaine. Une liste d’une douzaine de points établis par la rédaction du journal lui permet d’orienter sa réflexion. Il se base alors sur des mots-clés pour rechercher un ensemble d’images pouvant correspondre à ces éléments textuels. Cette base d’images, dont certaines ne sont pas retenues, lui sert à représenter ses douze à 15 saynètes pour développer la thématique hebdomadaire. Travailler selon des contraintes est un exercice de style que Jochen Gerner maîtrise bien,  et qui fait partie de sa méthode, puisque dès 1993, il est un des membres fondateurs de l’Oubapo4, collectif expérimental dont le principe est de produire des bandes dessinées sous contrainte artistique volontaire.

La presse est un domaine pour lequel Jochen Gerner travaille depuis plus de dix ans. Désormais, il essaye de garder du temps pour lui, avec des projets personnels, des expositions, afin d’avoir la disponibilité́ de nourrir sa propre réflexion.

Une démarche artistique polymorphe

« J’ai un rapport au dessin à la fois constant et permanent. Si, certains jours, je ne dessine pas, je ne me sens pas bien. Dessiner, c’est comme un petit médicament, une tisane apaisante. Souvent, quand je pars en vacances, je me dis que je vais être bien, mais au bout de dix jours, j’ai besoin de redessiner. Par contre, je n’ai pas l’attitude de l’artiste voyageur qui s’installe et dessine dans la rue, parce que pour moi, le dessin est quelque chose de très intime et personnel. »

Emission “par les temps qui courent, France Culture, 17 février 2020

Depuis 1994, les œuvres de Jochen Gerner ont été montrées dans de nombreuses expositions personnelles ou collectives5. Il est représenté par la galerie Anne Barrault depuis 2020.

L’analyse des perceptions du langage et de l’image est depuis le départ la source d’inspiration de son travail. Il utilise alors des codes visuels  communs et les détourne. Il travaille avec un profond intérêt pour le sens caché des motifs et sa démarche créative fluctue entre différentes formes, dont certaines sont récurrentes. Le résultat est souvent très graphique, avec des signes et onomatopées spécifiques créés au fil des années fonctionnant avec beaucoup d’efficacité, en plus d’être visuellement fort esthétiques.

Grâce aux dons de l’artiste pour enrichir nos collections depuis 2018, nous conservons à la bibliothèque un ensemble assez représentatif de l’ensemble de sa démarche.

Examinons certains d’entre eux :

Jochen Gerner, Bandit, sérigraphie, 2021.

Cette sérigraphie en 3 passages couleurs, aux formes et interprétations diverses propres au style de l’artiste mélange habilement la bande dessinée et l’art contemporain. Une réalisation originale et pleine de dynamisme (format 40 x 50 cm, 80 exemplaires numérotés et signés).

Jochen Gerner, Paysage aluminium, estampe originale, 2022.

Le Paysage en aluminium est une estampe originale tirée en letterpress. Il s’agit d’une impression en 4 passages sur fond de couleur argenté  sur les presses typographiques de l’atelier RLD en 2022. C’est l’exemplaire numéro 23/30 de cette série,  numérotée et signée par l’artiste, sur un vélin d’Arches au format de 40 x 30 cm qu’il a donné à la bibliothèque. Ce paysage rassemble nombre de signes graphiques existants ou créés préalablement, visibles également dans d’autres de ses travaux. La technique du letterpress permet de donner du relief à la composition puisque certaines zones de la partie gravée sont elles mêmes passées sous presse et donc débossées. Le papier est d’abord encré ou laissé blanc. Ensuite, il est passé sous une presse qui lui apporte la mise en relief désirée. Certains appellent aussi cette technique d’impression le débossage. Elle donne un effet « en creux ». Pour que la technique puisse fonctionner, le papier doit être assez épais.

Jochen Gerner, Météore, lithographie originale, 2022.

Météore regroupe un ensemble de pictogrammes propres à Jochen Gerner. Il s’agit d’une lithographie avec trois passages couleur d’un format 40×60 cm (ici le 71e exemplaire sur 100 numéroté et signé par l’artiste) tirée sur les presses de l’atelier RLD en 2022. On y retrouve des suites de points, des lignes ou des courbes parallèles (la plupart du temps regroupées par 4), des nuages, des éclairs, des soleils ou encore des étoiles. Ces éléments sont autant de pictogrammes constituant le pseudo langage codé de Jochen Gerner, qu’il compare à de « véritables caisse à outils. Tout m’enchante dans le pictogramme, que je prends étymologiquement à la lettre : un signe peint dont le territoire est une lisière, celle qui sépare abstraction et figuration »6. Cette lisière  se retrouve dans l’ensemble de l’œuvre de Jochen Gerner.

Jochen Gerner, brève à ventre rouge, estampe originale, 2022.

La série des oiseaux est tout d’abord réalisée aux feutres, avec trois ou quatre couleurs tout au plus. Hommage au père de l’artiste (membre de la LPO de Meurthe et Moselle), l’ensemble est constitué de 200 dessins effectués depuis l’atelier nancéien de Jochen Gerner ou depuis une maison bourguignonne entre février 2019 et septembre 2020. Ce sont ainsi 10 carnets d’écoliers indiens qui sont remplis d’oiseaux représentés de profil, et paradoxalement, non pas saisis en plein vol.

On peut y voir un hommage à la raideur noble des animaux représentés sur les bas-reliefs assyriens. La collection dessinée par Jochen Gerner qui devient par la suite un ensemble d’estampes (40×30 cm, 60 exemplaires numérotés et signés par l’artiste, atelier RLD) regroupe des volatiles du monde entier ainsi que des espèces ornithologiques imaginaires.

La temporalité de Jochen Gerner

Au cours d’un entretien réalisé en février 2024, Jochen Gerner nous explique qu’il travaille avec une temporalité à plusieurs niveaux : il aime combiner l’urgence et la ponctualité de la presse avec la réflexion au long cours nécessaire pour les livres. Quant aux projets d’exposition, ils recoupent souvent les publications. Ne jamais tomber dans la routine, être nourri par la diversité sont des moteurs pour lui. Jochen Gerner participe à l’exposition collective Bande dessinée. 1964-2024 au Centre Pompidou (Paris) du 24 mai au 4 novembre 2024.

Pour aller plus loin :

Site de Jochen Gerner

instagram Jochen Gerner

 

 

  1. Le 1, Le Monde, The New-York Times, The New Yorker ou auparavant Le Journal des Arts []
  2. Fonds régional de restauration et d’acquisition pour les bibliothèques []
  3. Antoine Ricardou []
  4. Ouvroir de la Bande dessinée Potentielle : https://www.oulipo.net/ https://www.pierrefeuilleciseaux.com/l-oubapo/ []
  5. Musée des beaux-arts de Nancy, Mudam, FRAC Picardie, Musée d’art contemporain Erarta de Saint-Petersbourg, Institut Français de Berlin, Villa Paloma et Nouveau Musée National de Monaco, diverses galeries en France et à l’étranger, entre autres []
  6. Jochen Gerner, Thomas Clerc, Hôtel Primavera, 2023, p.60 []

Le fonds Fride. Un devoir de mémoire

En 2021, les Bibliothèques acceptaient la donation de la « bibliothèque de judéité » et les archives familiales de Bernard Fride (1932-2019) autour de son histoire d’enfant caché pendant la Deuxième Guerre mondiale.

La population de Nancy connaît et se souvient de la rafle du 19 juillet 1942 en partie déjouée par l’action héroïque de six fonctionnaires de police dont leur chef Edouard Vigneron. Sur les murs des écoles du centre ville, des plaques rappellent la déportation et l’extermination des enfants juifs de Nancy entre 1941 et 1943, que l’action de Gustave Nordon et Marcel Courtot n’a pas suffi à sauver.

Mme Fride, accompagnée de ses deux fils, Bernard et Maurice

L’enfance de Bernard Fride, 10 ans en 1942, s’inscrit dans ce contexte terrible, d’abord d’intimidations puis de peur, et enfin d’arrachement familial et de clandestinité. Ses parents, d’origine polonaise, se sont installés à Nancy en 1925. Il a un frère aîné, Maurice. Ayant échappé à la rafle du 19 juillet, les Fride sont malheureusement arrêtés le 13 août 1942, sauf le petit Bernard. Partant à la recherche de son mari avec son aîné, Mme Fride confie pour quelques heures son cadet à la garde de sa  couturière Mme Larchet. Celle-ci, ne voyant pas revenir sa cliente et amie, comprend le drame ; avec son mari, ils résolvent de faire passer l’enfant pour leur fils (qui se prénomme aussi Bernard, qui a tout juste dix ans de plus, et qui se trouve alors en Algérie) afin qu’il ne subisse pas le même sort. En effet, alors que dans un premier temps Maurice est confié à l’asile pour enfants de l’Union générale des Israélites de France (UGIF), tandis que ses parents sont à la gare de Nancy puis à Écrouves, « le Drancy lorrain », ils sont tous trois déportés à Auschwitz par le convoi no 42 le 6 novembre 1942, où ils sont exécutés.

De 1942 à 1947, Bernard vit chez les Larchet où il est connu de tous comme « le petit de Georgette », titre du 2e tome de ses mémoires publié en 2012. En 1947, il est confié à la garde d’un cousin qui l’envoie à Moissac où se trouve une fondation d’enseignement professionnel pour les Orphelins de la Shoah.

Bernard Fride commence à témoigner sur son enfance et le sort des enfants juifs, cachés, comme déportés, de Nancy, à partir de 1987, date à laquelle une stèle est élevée au cimetière israélite de Nancy en hommage aux 20 enfants de l’asile de l’UGIF déportés, dont faisait partie son frère Maurice. Il multiplie dès lors les conférences et publie un livre de souvenirs, Une Mauvaise Histoire juive (1991), fruit de ses recherches en archives sur l’action de Gustave Nordon.

Parallèlement, Bernard Fride constitue un important fonds documentaire de plusieurs centaines de livres, revues, brochures ou encore enregistrements vidéo sur la Shoah, les enfants cachés, mais aussi l’identité juive dans l’art et la littérature. Cette bibliothèque est entrée dans les collections municipales grâce à la générosité de sa fille, l’historienne de l’art Patricia Fride-Carrassat1.

Il s’y ajoute un fonds d’archives familiales particulièrement émouvant : papiers d’identité et diplômes, lettres envoyées du camp d’Ecrouves, photographies de famille. Le fonds contient également des copies du fonds de l’UGIF obtenues auprès du Centre de documentation juive contemporaine, les textes de plusieurs conférences de Bernard Fride auprès de lycéens et du grand public, ainsi qu’un dossier sur la réception des ouvrages de Bernard Fride et la controverse suscitée sur l’UGIF de Nancy. L’inventaire du fonds Fride est disponible sur le Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques de France.

Maurice Fride écrit à son petit frère Bernard

Paul et Georgette Larchet ont été nommés Justes Parmi les Nations en 1994.

Le fonds Fride peut être présenté dans le cadre scolaire. Mme Fride-Carrassat offre aux établissements scolaires lorrains des exemplaires des ouvrages de Bernard Fride. Contacter la bibliothèque Stanislas pour en bénéficier.

  1. Sur le site reseau-colibris.fr, choisir « recherche avancée », entrer « Fride » dans le champ Rechercher, puis choisir « fonds patrimonial » dans le champ Index []

Les innovations de Louis Benoît (1867-1873)

Un inventaire manuscrit du mobilier de la bibliothèque, conservé dans les archives administratives et remontant à 1867, offre grâce à une série de croquis la reconstruction du plan d’occupation de l’établissement à cette date charnière de son histoire.

Le 18 janvier 1867, Hubert-Félix Soyer-Willemet meurt en fonctions1. Parmi les trois candidats qui se présentent à sa succession, c’est finalement l’historien Louis Benoît (1826-1874) qui emporte la décision du comité de surveillance le 22 août suivant, l’intérim semblant avoir été assuré par le premier sous-bibliothécaire M. Mehl2.

La disparition de celui qui était surnommé le « catalogue vivant » de la bibliothèque publique semble avoir excité les souhaits de modernisation d’un certain nombre de notables. Prosper Guerrier de Dumast livre au printemps un opuscule intitulé Sur les réorganisations projetées de la bibliothèque de Nancy, adressé au conseil municipal, et dans lequel il énonce de manière assez péremptoire un programme en 18 points dont l’objectif est de transformer Nancy en rien moins que l’« Athènes du Nord-Est », et sa bibliothèque publique en instrument au service de l’enseignement supérieur (Guerrier étant l’artisan de la re-création de l’université de Nancy à partir de 1850). Le comité de surveillance estime que l’organisation interne de la bibliothèque n’est pas de son ressort et ne statue donc pas sur les propositions de Guerrier.

Portrait du Baron Prosper Guerrier de Dumas, (Bibliothèque Stanislas, FG 3)

Le début de la direction de Louis Benoît voit une intense activité de réaménagement et de travaux : salle de stockage des périodiques, réalisation des albums Callot selon le classement d’Édouard Meaume (1812-1886), classement des médailles. Les perspectives d’amélioration sont importantes : aménagement de l’aile droite (sur la place Dombasle), promesse de mise à disposition prochaine du rez-de-chaussée grâce à la création prévue d’une salle de concerts et de spectacles3.

Portait de Louis Benoit (source Gallica)

Le document

C’est dans ce contexte que se place la réalisation d’un inventaire mobilier, manuscrit, daté de novembre 1867. On ne trouve pas trace de cette entreprise dans le registre de délibérations. Il se présente sous la forme d’un cahier de papier de petit format comportant des plans tracés à la plume pour chaque pièce de la bibliothèque. Les légendes sont assez développées. Une brève description textuelle accompagne le plan, puis débute l’inventaire proprement dit. Sur la dernière page du document se trouve une liste récapitulative par type d’objet (des deux poêles en faïence aux cordons à sonnette en passant par les chaises « vieilles » distinguées des chaises « anciennes »).

Page concernant le cabinet de Lorraine issue de l’inventaire mobilier, daté de novembre 1867

Ce document est une source exceptionnelle pour la connaissance de la bibliothèque, de son organisation physique et matérielle et de l’ampleur des collections à la fin de la vie de Soyer-Willemet. La longévité du botaniste à la tête de l’établissement, et sa quasi-identification à celui-ci, autorise l’hypothèse que cet inventaire propose le portrait d’une bibliothèque modelée à son image, avant les grands bouleversements de la fin du xixe siècle puis ceux de 1932.

La bibliothèque publique en 1867

La salle de lecture

La distinction majeure à nos yeux contemporains est celle qui est faite entre la bibliothèque proprement dite, soit le premier étage du corps de bâtiment de l’ancienne université, et la salle de lecture, aménagée ailleurs. En décrivant le palier, le rédacteur prend soin d’indiquer qu’y « règne la porte d’entrée, seule et unique porte de la bibliothèque ». La porte de la salle de lecture se situait alors à droite sur ce même palier. Il s’agit de la première pièce décrite, avec ses luminaires à bec de gaz, la toile attribuée à Girardet montrant Stanislas présentant le règlement de la bibliothèque4, les différentes tables, chaises et pupitres de lecture à destination des lecteurs et les tables de travail des sous-bibliothécaires. La salle renfermait également 4 globes, deux terrestres et deux célestes.

Cette salle comporte trois annexes : d’une part, le cabinet du bibliothécaire, d’autre part les cabinets de droit et de médecine dont on semble comprendre à la lecture des archives qu’ils sont en libre accès pour les usagers. L’ensemble occupe donc le premier étage de l’aile Visitation, côté rue Stanislas.

Stanislas remettant au Chancelier de La Galaizière l’édit de fondation de la bibliothèque royale et publique, daté de 1750.

Le corps de la bibliothèque

La bibliothèque commence dans l’aile Visitation côté rue de la Poissonnerie, aujourd’hui rue Gambetta, avec la « première salle »5. Les collections qu’elle contient incluent deux sphères terrestres sur 4 pieds. Cette salle donne sur le cabinet de Lorraine, dont on suppose qu’il renferme des collections d’intérêt régional.

La description de la grande salle comprend la galerie qui la surmonte. À cette époque, on trouve au centre de la salle des boiseries « un double corps de bibliothèque s’élevant à la hauteur de la galerie » dont les armoires sont repérées par des triples lettres. Le rédacteur de l’inventaire est marqué par « [son] aspect grandiose » dû à l’élévation sur deux niveaux. La salle s’étend jusqu’à la place Dombasle6.

Le propos n’est pas alors de décrire l’implantation des collections : on ignore complètement quels documents sont classés sur les rayonnages de la grande salle et de la première salle. Il s’agit probablement, d’une part des confiscations révolutionnaires, arrivées entre 1791 et 17957, et d’autre part des acquisitions postérieures et des abonnements de périodiques, car en 1868 le comité de surveillance se plaint du déplacement d’un certain nombre de ces séries à l’étage supérieur.

La localisation de la collection des manuscrits et de celle des autographes n’est pas connue, pas plus que celle des albums d’estampes qui sont pourtant rassemblés à la même époque. En revanche, un cabinet des médailles fait partie intégrante de la bibliothèque publique.

Le cabinet des médailles

Ce cabinet, aujourd’hui disparu8 se situait au-dessus de la « première salle » de la bibliothèque et en avait, selon l’inventaire « les mêmes dimensions et les mêmes dispositions ». Il renfermait des armoires et tables vitrées mais aussi des instruments de chimie et un portrait du roi Stanislas. Dans une annexe se trouvaient des bustes, des vases, des toiles peintes : elle servait sûrement de débarras.

Quelques locaux à la destination encore indéfinie

Près du cabinet des médailles, au deuxième étage de l’aile Visitation, sont mentionnés le « cabinet de M. le bibliothécaire », où l’on imagine que se trouvait le bureau de Soyer-Willemet, et un cabinet sur la rue Stanislas, lui faisant suite. Il est précisé que ces locaux sont vides. Cependant, peu de temps après, une réclamation de la société d’agriculture de Nancy témoigne de la présence de collections de cette association, mêlée au fonds de l’Académie de Stanislas, dans ces parages. Soyer-Willemet, sociétaire de l’une et de l’autre, pouvait tout à fait avoir réuni des publications qui lui étaient particulièrement utiles ou chères. C’est dans le deuxième cabinet qu’est créée en 1868 une salle des périodiques.

L’aile d’en face n’est à cette époque pas encore aménagée, à l’exception de la bibliothèque Boulay de la Meurthe. Là encore, nous sommes confrontés à des locaux dont la destination est floue, « cabinets » et « salle de dépôt », à la fois lieux de travail et de stockage temporaires.

Le croquis pour cette aile montre une succession de petites salles et une cage d’escalier qui mène au rez-de-chaussée qui n’était pas encore affecté à la bibliothèque. Cette organisation est répétée au niveau de ce qui est de nos jours la galerie de la salle Stanislas.

La bibliothèque Boulay

Assez étonnamment, le bout de l’aile Dombasle semble avoir fait l’objet de soins plus nombreux puisque le legs de Henri-Georges Boulay de la Meurthe (1797-1858) y a été déposé en 1862. Comme la grande salle de la bibliothèque, elle est installée sur deux niveaux incluant une galerie et un petit escalier qui y mène. On y trouve un bureau avec un fauteuil, le buste et un portrait de Boulay. La collection du vice-président de la IIe République s’y déploie.

La salle qui a recueilli le leg de Henri-Georges Boulay de la Meurthe a depuis été transformée en atelier de médiation numérique.

La création de la salle Stanislas

L’aménagement de l’aile Dombasle commence en 1869 sous la direction de Louis Benoît. Son ambition est de créer une « deuxième salle » de bibliothèque afin de décharger la salle des boiseries dont les témoignages trahissent des entassements de livres et de papiers au pied des armoires. Malmené par des désaccords internes au comité de surveillance de la bibliothèque, puis par le conflit franco-prussien de 1870-1871, ce projet est terminé seulement en 1872.

La salle Stanislas accueille les boiseries du couvent de la Visitation, et des armoires ouvertes des deux côtés.

La définition du projet donnée en janvier 1869 est la suivante9 :

« salle unique ayant la même hauteur que la grande salle de la Bibliothèque et occupant tout l’espace compris entre celle-ci et la Bibliothèque Boulay, du sud au nord, et entre les murs de face, de l’est à l’ouest. Le deuxième étage et la partie de l’escalier qui y conduit du premier seraient ainsi supprimés. Quant au reste de l’escalier, il serait conservé et recouvert par le parquet de la nouvelle salle, lequel serait disposé en forme de trappe en cet endroit, pour qu’au besoin cet escalier puisse offrir un dégagement. Les trumeaux de cette aile de l’édifice n’ayant qu’une largeur d’un mètre environ ne pourraient évidemment recevoir que des armoires très étroites offrant trop peu de ressources pour atteindre le but qu’on se propose. C’est pour obvier à ce grave inconvénient que des sept fenêtres existant de chaque côté du premier étage, le projet ne conserve que celle du milieu et ferme complètement les autres. La salle serait donc éclairée par les deux fenêtres du milieu et par les quatorze fenêtres actuelles du 2e étage qui sont conservées.

Les armoires ou îlots existant au milieu de la grande salle actuelle seraient enlevés et remplacés par des meubles ayant de chaque côté deux rayons pour les livres et au-dessus des vitrines pour les médailles. Cette combinaison permettrait de placer tous les livres existant aujourd’hui dans la Bibliothèque et ceux qui y entreront à l’avenir. »

Autre vue de la salle Stanislas, sans les armoires centrales. On peut supposer que les armoires ont été ajoutées par la suite plutôt que retirées, pour faire face à l’afflux de collections, et qu’il s’agit ici d’un premier état de la nouvelle salle de lecture.

Selon Christian Pfister, les pièces existant préalablement formaient l’appartement du recteur10.

À l’identique de la grande salle, on réutilise des boiseries, celles du couvent de la Visitation qui se trouve de l’autre côté de la rue de la Poissonnerie11, et on aménage de toutes pièces une galerie aux balustrades de fer forgé. Le buste en plâtre de Stanislas au nez cassé et recollé y est certainement installé à cette occasion, et l’accès à la bibliothèque Boulay préservé, bien que l’unité du local soit coupée : il faudra désormais emprunter une porte de la salle Stanislas pour accéder aux niveaux supérieurs de cette petite bibliothèque.

Les travaux sont terminés en 1872. La « nouvelle salle » mesure 18, 87 m de long sur 8,95 m de large et 7, 65 m de haut. On y range 13 000 vol. selon la classification de Brunet : théologie, philosophie, sciences physiques et chimiques, sciences naturelles, mathématiques, beaux-arts. Il s’agit probablement des acquisitions les plus récentes12.

La salle Stanislas est aujourd’hui réservée à la consultation des documents issus des collections patrimoniales de la bibliothèque.

Benoît, un modernisateur

Ce projet suscite notamment la colère du collectionneur Beaupré (1795-1869), grand donateur à la bibliothèque, contre des « changements à la veille de s’exécuter dans les salles de la bibliothèque et qui, si j’en crois mon souvenir, doivent être le prélude d’autres innovations non moins fâcheuses à mon avis »13. On croit comprendre que le bibliothécaire nouvellement nommé, Louis Benoît, a des idées bien arrêtées sur des modernisations nécessaires et que, peut-être, l’aréopage constitué autour de la figure de Soyer-Willemet a du mal à prendre le tournant souhaité.

En effet, Benoît n’est pas en reste : en mai 1869 il présente au comité une boîte-catalogue « se prêtant avec une merveilleuse facilité à d’incessantes intercalations, grâce à des cartes percées vers le bas par un trou circulaire et maintenues par une tringle. »

Le fichier contenant le catalogue de la bibliothèque a été aujourd’hui entièrement rétroconverti. Il en reste cependant un à l’accueil, visible par les visiteurs, comme témoin des usages d’autrefois.

Quelques semaines plus tard, il fait déplacer des ensembles d’ouvrages de la salle des boiseries à la salle Boulay, ce qui, selon le comité, les rend « inaccessibles au public ». On ignore de quelles collections il s’agit, et surtout le public n’est pas censé accéder lui-même aux locaux de stockage. Il forme également un plan de réaménagement des médailliers. Tous ces projets sont arrêtés net par l’invasion prussienne et la fermeture administrative de la bibliothèque, le 31 août 1870. Louis Benoît a le temps de voir l’ouverture de sa nouvelle salle, mais il décède le 4 décembre 1874 à l’âge de 48 ans. Le Progrès de l’Est lui rend un bel hommage : « il aimait assez les livres pour trouver le bonheur en vivant au milieu d’eux », que Henri Lepage prolonge dans son éloge funèbre publié peu après dans les Mémoires de l’Académie de Stanislas14. Le Vosgien Arthur Ballon lui succède, mais déjà dans les effectifs figure un certain Justin Favier

  1. Sarah Cabadet, « Hubert-Félix Soyer-Willemet, le « catalogue vivant » de la Bibliothèque de Nancy », Épitomé, 2019. https://epitome.hypotheses.org/4140. []
  2. À ne pas confondre avec l’érudit alsacien Charles Mehl, qui lègue à la bibliothèque de Nancy sa collection alsatique en 1898. []
  3. Il faudra cependant attendre pour cela l’ouverture en 1889 de la salle Poirel, en face de la gare, grâce au legs de Victor et Lisinka Poirel. []
  4. Aujourd’hui dans la salle de l’Académie au rez-de-chaussée. []
  5. Aujourd’hui l’accueil. []
  6. L’estrade actuelle est un ajout de 1932. []
  7. Justin Favier, « Coup-d’œil sur les bibliothèques des couvents du district de Nancy pendant la Révolution : ce qu’elles étaient, ce qu’elles sont devenues », Mémoires de La Société d´Archéologie Lorraine, 1883, 60 p. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k337038/f150.image. []
  8. Les collections en ont été transférées au Musée lorrain. []
  9. Registres de délibérations du comité de surveillance…, 1865-1875, p. 141-142. []
  10. Christian Pfister, Histoire de Nancy t. III, Paris, 1908, p. 762. []
  11. En 1870 comme maintenant, le lycée. Pfister les attribue aux minimes. []
  12. Registre des délibérations du comité de surveillance… ,1865-1875, p. 247. []
  13. Registre…, op. cit. []
  14. Henri Lepage, Louis Benoît, Bibliothécaire En Chef de La Ville de Nancy (1826-1874) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64715872/. []

Accueillir les archives d’un écrivain (très) vivant : Pierre Pelot  

Pierre Pelot, écrivain vosgien fortement attaché à son village natal, Saint-Maurice-sur-Moselle, né en 1945, a à son actif presque 200 publications : romans de genre varié, pièces de théâtre et nouvelles. À cela s’ajoutent des nouvelles radiophoniques, des scénarios de films, ou encore des nouvelles pour la presse. L’homme ne s’arrête jamais, et ce depuis ses 18 ans.

Non contents d’avoir acquis les archives et le tapuscrit de son œuvre  majeure, C’est ainsi que les hommes vivent (1re édition chez Denoël, en 2003), nous avons eu l’honneur de gagner la confiance de M. Grosdemange, dit Pelot. L’écrivain à l’œuvre phénoménale a en effet fait don en 2022 de l’intégralité de ses archives.

Une œuvre gigantesque

Sur la piste du Dakota est le premier livre édité de Pierre Pelot, en 1966. Cette année-là, il en publie neuf.  Le tout dernier, en août 2023 est un recueil de nouvelles : Madame Grise s’est levée au milieu de la nuit. En considérant tous les genres, c’est un parcours sans équivalent que celui de cet écrivain prolixe, puisque son œuvre représente plus de deux cents publications. 

Conscientes qu’une carrière ne suffirait pas à découvrir, lire et comprendre les processus d’écriture de cet écrivain touche à tout aux multiples talents, nous avons eu le plaisir de le rencontrer et d’échanger avec lui à plusieurs reprises.

La première rencontre a lieu durant le Livre sur la Place, en septembre 2021, alors que Pierre Pelot dédicace son dernier roman Les Jardins d’Eden, un roman noir, glacial et sombre, se déroulant dans les Vosges. 

Quelques semaines plus tard, nous sommes chaleureusement accueillies chez lui, à Saint-Maurice-sur-Moselle, dans une maison unique, dans les bois, un cadre authentique pour un récit de vie passionnant. Pierre Pelot se montre favorable à notre proposition : céder à titre onéreux l’ensemble des épreuves et documents préparatoires à son roman majeur, C’est ainsi que les hommes vivent.

S’ensuivent plusieurs semaines de démarches administratives pour concrétiser ce projet, et, en particulier, acquérir, l’adhésion du FRRAB1 afin d’obtenir son soutien financier.

Portrait de l’écrivain Pierre Pelot dans le jardin de sa propriété à Saint Maurice Sur Moselle dans le département des Vosges. 9 décembre 2013 ( crédits photo Mathieu Cugnot )

L’acquisition d’un roman majeur

Aboutissement de dix années de recherches, ce roman colossal est celui auquel Pierre Pelot tient le plus. Il est donc apparu fondamental d’effectuer l’acquisition des notes, plans, fiches des personnages et de ses épreuves d’éditeur, soit 42 dossiers au total. Il s’agit d’une fresque historique monumentale sur deux époques, au cœur des Vosges, le chef-d’œuvre de Pierre Pelot. Il a été dit que ce roman constituait « un des très grands textes français parus depuis la guerre »2.

Jean-Christophe Rufin, membre de l’Académie française, écrit dans la préface de cette 3e édition :

« son livre est une manière de faire éclater dans le présent la force tirée de l’Histoire ».

Pierre Pelot a reçu en 2003 pour ce roman le Prix de la Feuille d’Or de la Ville de Nancy et de France Bleu Sud Lorraine, ainsi que le Prix Erckmann-Chatrian.

Cet opus raconte le destin d’un enfant né d’une sorcière en 1599. Quatre siècles plus tard, Lazare Grosdemange — au patronyme évocateur —, journaliste, décide de retourner sur les traces de sa famille. Ce sont donc deux histoires parallèles, dans une vallée des Vosges. Une vallée qui a vu pendant la Guerre de Trente Ans de terribles massacres, mais aussi des êtres engagés pour protéger leurs prochains. Pierre Pelot déclare en 2023 être toujours attaché aux trois principaux protagonistes, Apolline, Dolat et Lazare. Dans l’ensemble de son parcours, son rapport aux personnages issus de son imagination est très fort, et touchant.

Pierre Pelot et ses manuscrits,  été 2022
Le retrait de l’acquisition a lieu chez Pierre Pelot, nouvelle occasion de passer un moment convivial, au cours duquel l’écrivain annonce son intention de verser l’intégralité de ses archives à la bibliothèque !
 
Suite à cela, une première étape de valorisation du fonds Pelot se produit à l’occasion de la 44e édition du Livre sur la Place en septembre 2022 : l’auteur vient parler de son dernier roman, Se souvenir encore des orages, dans les murs de la Bibliothèque, devant un public nombreux attentif. L’interview, à la fois dense et drôle, est menée par la regrettée Élise Fischer.

Une quantité considérable pour un don généreux

Enfin, le retrait de l’ensemble de ses archives chez lui, à Saint-Maurice-sur-Moselle a lieu en octobre 2022.

Les dossiers préparés par Pierre Pelot

Des liasses d’archives pour le futur Fonds Pierre Pelot

Pierre Pelot a consacré deux semaines complètes à regrouper et préparer tout ce qu’il destinait au don. Le jour J, deux membres de l’équipe se sont rendus dans la vallée de Saint-Maurice pour conditionner en boîtes ce qui avait été scrupuleusement préparé en dossier ou sous enveloppe. Le titre de chaque liasse est en premier lieu reporté sur un formulaire. Une attestation de prise en charge de documents en dépôt provisoire est laissée au donateur à notre départ, avant la signature de la convention de don par le maire de Nancy d’une part, et le donateur d’autre part, qui intervient au bout de quelques mois d’inventaire et de parcours administratif.

Pierre Pelot le jour du déménagement de ses archives

Les boîtes sont peu à peu chargées dans l’utilitaire de service qui rejoint la bibliothèque Stanislas de Nancy en fin de journée. Pierre ne cache pas son émotion au moment de notre départ. Il avoue ressentir un grand vide, être à la fois content de cette décision mais aussi ému et un peu inquiet.

Le transfert des archives 

Les archives entreposées temporairement à la bibliothèque Stanislas
Les archives entreposées le soir-même dans les magasins de la bibliothèque Stanislas

Dès l’arrivée à Nancy, l’ensemble est transféré pour être transposé en sécurité avant l’étape de la vérification , du décompte du nombre de dossiers, et de l’inventaire qui aboutira à la rédaction de la fameuse convention de don. 

Un premier inventaire sommaire

Cette opération est de nouveau menée  en binôme pour faciliter les manipulations et éviter les erreurs. Deux ensembles sont constitués :

  • 204 chemises ou liasses comportant les types de documents suivants :
    • manuscrits et tapuscrits de romans, nouvelles, adaptations théâtrales, souvent annotés
    • épreuves d’éditeur et épreuves corrigées
    • scénarios de films
    • notes et documents préparatoires à des émissions de radio
    • documentation ayant servi à l’écriture des publications
    • les fascicules de l’Humanité dans lesquels est parue une nouvelle de Pelot sous forme de feuilleton en 2000
    • des notes diverses difficiles à rattacher une œuvre en particulier
  • 60 ouvrages imprimés venant compléter les acquisitions de romans de Pelot faites par la bibliothèque
Roman adapté pour un projet de scénario de  film

Et après ?

En septembre 2023, et durant 6 semaines, nous avons coorganisé une exposition de peintures et de dessins de Pierre Pelot, mettant en regard quelques manuscrits (en fac-similé), à la Galerie Z,  de la MJC Bazin3 de Nancy. Les arts graphiques constituent la seconde passion de notre donateur et une exposition à Nancy semblait logique.

Exposition Pierre Pelot, PEINDRE

À la toute fin de l’année 2023,  Baru, auteur de bandes dessinées,  a fait don à la bibliothèque Stanislas de l’intégralité des crayonnés qu’il a réalisés pour l’adaptation du roman de Pierre Pelot Pauvres Zhéros, ainsi que de l’adaptation du scénario4. Grâce au geste généreux de cette autre personnalité exceptionnelle, nous avons là un prolongement très cohérent pour l’enrichissement de nos collections.

Matériel de travail exceptionnel pour de futurs chercheurs, le fonds Pierre Pelot va faire l’objet de propositions de recherches aux universitaires dans les mois à venir. Au préalable, il convient d’en établir le plan de classement, en fonction de la chronologie de l’œuvre de Pierre Pelot et des nombreux genres abordés.

  1. Fonds Régional de Restauration et d’Acquisition pour les Bibliothèques []
  2. Selon François Angelier, dans la chronique Les Émois de France culture, le 03 janvier 2017, à l’occasion de la 3e édition du roman, aux éditions des Presses de la cité []
  3. Dylan Pelot y fut professeur de monstres []
  4. Voir l’article Une collection de bandes dessinées contemporaines dans le fonds lorrain []

La place de la conservation dans le processus de numérisation

La numérisation s’est considérablement développée avec les avancées technologiques. C’est aujourd’hui un véritable enjeu pour le patrimoine. Les deux objectifs principaux de la numérisation sont d’une part la préservation des documents originaux : celui-ci étant reproduit, il n’est plus proposé au public en consultation sauf sur demande exceptionnelle ; et d’autre part la diffusion de ces reproductions permettant la multiplicité d’accès à ces documents originaux.

Les avancées technologiques apportent leur lot de défis et demandent aux professionnels du patrimoine une constante mise à jour de leurs compétences et de leurs connaissances. L’étape de la numérisation entraîne une manipulation extrême des documents à un moment précis de leur existence qui ne sera « normalement » plus effectuée par la suite. Mais qu’en est-il de ses conséquences sur l’œuvre originale ? Car aujourd’hui, la numérisation est devenue la réponse par excellence quant à la conservation des documents : il est désormais aisé de consulter des documents que l’on juge « hors d’usage », car une fois numérisés, ils redeviennent accessibles au grand public.
En mettant en place les marchés publics de numérisation à la Bibliothèque Stanislas, afin d’enrichir nos différentes bibliothèques numérique, Limédia galeries et Limédia kiosque, nous avons fait face à la difficulté de combiner conservation matérielle, processus de numérisation et envoi massif d’une partie de nos collections chez le prestataire. C’est pourquoi nous avons créé un process nous permettant d’organiser le travail des agents chargés du récolement en vue de la numérisation et des agents de conservation préventive lors de la réalisation des constats d’états préalables. 

La numérisation : entre conservation et manipulation excessive

Dans le cahier des clauses techniques particulières (CCTP), la conservation matérielle des documents occupe deux places : l’état de conservation originel des documents et l’état de conservation à leur retour après numérisation.
Les collections peuvent présenter des particularités qui requièrent aussi une véritable adaptation des prises de vue à l’objet photographié. Chaque vue peut demander un changement technique ce qui augmentera considérablement le temps de traitement1. Ce temps et cette adaptation sont essentiels et nécessaires afin d’obtenir des images de qualité mais surtout de préserver les documents lors de la manipulation.

Bien souvent les documents sont préparés avant numérisation, ce qui inclut des opérations de restauration, des consolidations, du dépoussiérage afin de rendre le document lisible et manipulable. Parfois de telles mesures ne peuvent pas être mises en place, par manque de temps ou de moyens financiers et les interventions avant numérisation sont minimes. Il est alors essentiel de constater l’état des documents avant leur départ chez le prestataire, que les opérateurs de numérisation soient formés à la manipulation des ouvrages et qu’ils adaptent le matériel de prise de vue aux difficultés identifiées.
Malgré toutes ces précautions, nous savons que la numérisation peut entraîner une dégradation des documents du fait d’une manipulation importante. Cependant, les altérations engendrées doivent rester de l’ordre du tolérable et de l’acceptable. C’est lors de numérisation de masse, lorsque le processus se « mécanise » et devient quasiment un travail à la chaîne où le rendement est maître mot, que les dégâts sont bien souvent constatés2 D’autant plus que certains des ouvrages traités n’ont pas du tout été consultés pendant des années et se retrouvent littéralement épluchés du début à la fin.  Ainsi on peut se demander dans quelle mesure la numérisation devient une mesure de conservation si elle entraîne bien plus de dégâts qu’une simple consultation par un lecteur ?
Les spécialistes de conservation sont conscients de l’impact de la numérisation sur les documents mais ils acceptent un seuil de tolérance lors de la manipulation des ouvrages. De plus, les dégâts doivent être flagrants, et bien au-delà du seuil de tolérance afin de prouver qu’ils ont été causés lors du processus de numérisation. Les problèmes rencontrés avec les prestataires de numérisation sont rarement exposés car la numérisation répond à une véritable problématique d’exploitation des collections et de diffusion du patrimoine d’une telle envergure qu’on juge le plus souvent que « le jeu en vaut la chandelle ».

La préparation des documents : données de numérisation et constat d’état

Le lot qui doit être numérisé en 2023 est un ensemble de monographies et de brochures concernant la Lorraine. Elles sont de formats et de constitutions multiples : de la brochure agrafée à la reliure en plein parchemin, la diversité de ce fonds à numériser est une première difficulté aussi bien pour le bibliothécaire que pour l’entreprise de numérisation.
Pour avoir un meilleur contrôle sur l’état de nos documents avant qu’ils ne partent chez le prestataire, nous avons décidé de mettre en place un process couplant le travail de récolement des métadonnées de numérisation avec les constats d’état pour chacun des documents.
Chaque document est tout d’abord récolé dans un tableur, donnant toutes les informations nécessaires à la numérisation : dimensions de l’ouvrage, titre, métadonnées, le degré d’ouverture optimal pour une prise de vue optimale, le nommage de chacune des vues… L’agent chargé du récolement peut également faire des observations sur l’état du document afin d’attirer l’attention de l’agent chargé des constats d’états.

Tableur de récolement des documents

Vient ensuite le constat d’état qui est associé à ce premier tableur. Il se divise en deux parties : la première concernant les données d’identification (format, cote, date de réalisation du constat d’état…) et la seconde étant l’analyse de l’état de conservation du document et des différentes altérations observées.
En raison de la diversité des ouvrages envoyés, tant dans leur constitution que dans leur état de conservation, nous avons décidé de les trier selon plusieurs critères.

Selon leur état de conservation, ils seront placés dans deux lots différents. Le lot 1 étant celui rassemblant les documents les plus « faciles » à numériser, dans un état de conservation allant de correct à très bon. Tous les documents fragiles ou demandant des manipulations supplémentaires ont directement été placés dans le lot 2, comme tous les ouvrages possédant des feuillets dépliants.

Le deuxième critère est le format des documents. Nous avons donc les documents de format « A4 », soit 21 cm de largeur sur 29,7 cm de hauteur, ou de mesures inférieures. Si le document est plus grand, il sera directement classé en format dit « A3 ».

Enfin le dernier critère de classement est le degré d’ouverture des ouvrages. Nous avons deux degrés d’ouverture possible : 120 ou 180 degrés. L’agent chargé de rassembler les métadonnées émet un premier avis concernant le degré d’ouverture nécessaire afin d’obtenir la meilleure image, la meilleure prise de vue pour l’exploitation numérique des prises de vue.

Il est dès lors nécessaire de trouver un compromis entre la qualité de la numérisation et le degré d’ouverture de l’ouvrage qui risque de l’endommager. C’est pourquoi nous avons acté le compromis suivant :
• si lors du récolement une ouverture à 120 degrés est souhaitée pour des raisons concernant les qualités des prises de vues, la conservation appuierait la demande lors du constat d’état et se plierait au souhait de l’équipe de numérisation, même si le document pourrait supporter une ouverture plus grande.
• si lors du récolement, l’ouverture à 180 degrés est souhaitée mais que le document, pour des raisons de conservation, ne supporterait pas une telle ouverture, c’est la décision des agents de conservation qui primera sur la demande de l’équipe de numérisation.

CRITÈRE 1

ÉTAT DE CONSERVATION

LOT 1

LOT 2

Correct à très bon : manipulation aisée et qui ne détériorerait pas trop le document

Documents fragiles ou altérés : manipulation compliquée et délicate

CRITÈRE 2

FORMATS

A 4

A 3

≤ 21 x 29,7 cm

> 21 x 29,7 cm

CRITÈRE 3

DEGRÉS D’OUVERTURE

120 °C

180 °C

Tableau 1 : Récapitulatif des critères de création des différents lots pour la numérisation

Ces trois critères avec chacun deux options créent ainsi 8 lots différents :

  • Lot 1
    • A4 : 180
    • A4 : 120
    • A3 : 180
    • A3 : 120
  • Lot 2
    • A4 : 180
    • A4 : 120
    • A3 : 180
    • A3 : 120

Tableur des constats d’état.

Tout l’intérêt de la collaboration entre les équipes de numérisation et de conservation de la bibliothèque se trouve dans la création de ce document qui a facilité le travail et la coordination des deux équipes.

Chaque document est d’abord traité par l’équipe de numérisation puis transmis à l’équipe de conservation via une zone tampon dans le magasin de conservation. Les agents de conservation se chargent ensuite de remplir le constat d’état qui génère automatiquement le nom du lot dans lequel le document devra se trouver. L’utilisation de macros Excel qui génèrent l’attribution du lot quasiment automatiquent a considérablement facilité le travail en nous permettant de nous focaliser seulement sur la réalisation du constat d’état et non sur l’attribution des lots.
Nous avons pris le parti de protéger chacun des livres en réalisant des jaquettes de protection en papier permanent et de (re)conditionner toutes les brochures ou autres documents demandant une attention particulière. Les agrafes ont été retirées afin de faciliter la numérisation mais aussi la conservation sur le long terme des documents. Ce sont les responsables de la conservation qui ont emballé tous les documents et préparé le départ des ouvrages chez le prestataire.
Une fois les tableurs dûment remplis et les opérations de conservation préventive effectuées, le document est rangé dans une deuxième zone tampon divisée selon nos huit lots créés, ce qui représentait environ 750 documents.

Le retour de numérisation : contrôle et bilan

Le premier lot composé de 380 documents a été envoyé chez le prestataire de numérisation et est revenu environ six mois après. Le travail de l’équipe de conservation a donc été de réceptionner ce lot et de contrôler l’état des documents à leur retour.

Le but n’étant pas de notifier toutes les altérations aggravées par la numérisation, comme un mors déjà fragile qui revient un peu fendu, mais bien d’identifier de nouvelles altérations. Nous avons donc procédé à une première observation globale des ouvrages et nous la comparons au constat d’état de départ lorsque c’est nécessaire. Le mot « numérisé » est ensuite tamponné sur la jaquette de protection de chaque document et nous procédons en même temps au contrôle de la liste de retour.

Sur ce premier lot nous avons remarqué qu’un grand soin avait été apporté aux reliures les plus fragiles, de type liens en parchemin torsadés, couvrure avec un cuir un peu abrasé et que les documents étaient revenus dans un état de conservation très correct voire identique à celui de départ.

Cependant certains ouvrages sont revenus avec un plat supérieur détaché, ce qui est symptomatique d’une ouverture trop violente et/ou répétitive.  Il s’avère que les documents en question ne possédaient pas de reliures précieuses ou fragiles, mais des reliures demi-toile en très bon état de conservation. Le contraste entre l’état de conservation au départ et au retour desdits documents est bien trop important et au-delà du seuil de tolérance acceptable. Le prestataire ne nous avait d’ailleurs nullement notifié de tels accidents  au cours du processus de numérisation, ni même au moment du retour des documents.

Sur ce premier lot, cela représente environ 2 % des documents envoyés, soit 7 documents sur 380. Ce chiffre peut paraître dérisoire, et nous pourrions objecter que seulement des reliures de peu d’importance ont été endommagées mais, quoi qu’il en soit, le seuil de l’acceptable a été franchi face à un prestataire qui ne nous a pas faire part de ces problèmes et qui ne souhaite pas en prendre la responsabilité.

Quelle solution concrète s’offre alors aux bibliothécaires ? Faudrait-il mesurer et photographier chaque altération avant envoi en numérisation ? Ce serait une mesure extrêmement chronophage pour l’envoi de tels volumes.  Devrions-nous privilégier la numérisation en interne plutôt que l’envoi de masse chez un prestataire externe ?  C’est également une mesure envisageable mais qui ne répond pas aux mêmes problématiques de numérisation de masse des collections.

Conclusion

Les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui lors de la numérisation des documents sont très difficilement contrôlables par nos services et nous font remettre en doute l’envoi de documents beaucoup plus fragiles et nécessitant une attention plus soutenue dans leur manipulation. Le process mis en place entre les deux équipes au sein de la bibliothèque a fait ses preuves car il nous a permis d’effectuer un travail sur une grande masse documentaire tout en portant une attention particulière à chacun des ouvrages traités. Malgré nos précautions permettant un bon contrôle de l’état de nos collections au départ et à l’arrivée ainsi qu’une préparation des métadonnées afin d’optimiser le travail lors du versement des images, nous n’avons ensuite que peu d’influence sur les problèmes que nous rencontrons avec les prestataires de numérisation.

  1. Bibliothèques et documents numériques, Concepts, composantes, techniques et enjeux, Alain Jacquesson – Alexis Rivier , éditions du cercle de la librairie , 2005, Paris, p.421. []
  2. Cf. les problèmes rencontrés avec leur prestataire en 2011 par la BnF lors d’une campagne de numérisation de masse : https://actualitte.com/article/40218/reportages/numerisation-a-la-bnf-degradations-retards-et-scandales. []

Les estampes animalières de Michel Jamar

Depuis 2013, la Bibliothèque Stanislas conserve dans ses murs une grande partie de l’œuvre de Michel Jamar (1911-1997). Artiste aux multiples facettes – tout à la fois graveur, peintre, dessinateur – c’est dans l’art de la gravure qu’il s’est particulièrement illustré. Son œuvre gravé est traversé par différents genres et thèmes : portraits, paysages, nus féminins ou animaux, qui est le sujet qui nous intéresse ici. Chats, chiens, oiseaux ou rhinocéros, domestiques ou sauvages, sont mis en scène dans des décors qui leur sont familiers, dans le style expressif propre à Michel Jamar.

Le corpus d’estampes animalières  

Composé de 37 estampes pour 96 épreuves, ce corpus est unifié par son thème bien entendu, mais également par la technique employée.

Des gravures sur bois

Toutes les estampes animalières du fonds Jamar sont en effet des xylogravures, autrement dit des gravures sur bois, avec impression sur papier. De grand format, elles ont été réalisées selon la technique de la gravure sur bois de fil, qui permet de travailler des plaques de large surface car coupées dans le sens de la fibre du bois. Le bois est un matériau très utilisé en gravure, notamment pour l’expressivité donné au trait : le support, dur, est difficile à travailler et nécessite donc « une lutte sans merci contre la matière de base1  » de la part du graveur. Lignes vives, angles marqués : la xylogravure donne lieu à des formes relativement simples et directes, porteuses d’expressivité formelle. C’est le cas des estampes animalières de Michel Jamar, bien que plusieurs d’entre elles montrent aussi un grand niveau de détail et de minutie.
Il faut également noter que les matrices sont pour certaines intégrées au fonds Jamar : en ce qui concerne les estampes animalières, vingt-sept matrices en bois font partie du fonds, vingt-trois d’entre elles  ont servi à imprimer des estampes conservées dans cette collection. Ainsi, environ les deux tiers des estampes animalières conservées à la Bibliothèque Stanislas peuvent être étudiées en regard de leur matrice.

Outils de gravure de Michel Jamar et matrice de bois

Des estampes en noir et blanc mais aussi en couleur

La plupart des estampes animalières de Michel Jamar ont été réalisées à l’encre noire, mais certaines sont également colorées. Les estampes en noir et blanc sont les plus nombreuses, et les estampes en couleur sont pour certaines épreuves aussi présentes en noir et blanc. La couleur peut être présente dès l’impression de l’épreuve, comme c’est le cas pour le Taureau et le Rhinocéros qui donnent à voir un fond coloré sur certaines, ou bien par ajout a posteriori. Lorsque la couleur est ajoutée à la main, il peut s’agir de crayon ou encore de pastel sec. La manipulation de ces estampes doit alors se faire de manière précautionneuse, afin d’éviter d’altérer la colorisation du fait de la volubilité des pigments, qui sont souvent pulvérulents. Cette altération  est par exemple visible sur Coq et lézard, où des traces de pigments colorés se sont déposées dans les marges blanches, dépassant le cadre de l’image.

Coq et Lézard (M-JA-ES-00086 ) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 322 x 498 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

De la difficulté de dater les œuvres

Les œuvres sont non-datées pour la quasi-totalité d’entre elles, l’artiste n’ayant que rarement indiqué leur date de création. Il semblerait qu’elles aient été réalisées sur une même période qui s’étend, selon son fils Xavier Jamar, des années 1970 jusqu’au début des années 1990. C’est sans doute l’une des raisons pour laquelle ces estampes présentent des similitudes, que ce soit au niveau du style ou de la composition. L’ordre chronologique de leur réalisation ne peut ainsi qu’être hypothétique ; toutefois, on peut supposer cet ordre à partir du style graphique des œuvres, qui présente certaines évolutions et variations.

Ainsi, ce qui seraient les premières estampes – Félin (La Civette)Antilope et Panthère à la Lanterne – laissent visibles les nervures du bois de la matrice, qui ne sont plus aussi apparentes sur les suivantes.

Félin (La Civette) (M-JA-ES-00044, 00045, 00046, 00047) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 495 x 650 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Ces marques ont peut-être été laissées à dessein par l’artiste, que ce soit pour rappeler la technique employée ou pour servir l’image elle-même. En effet, le mouvement des lignes du veinage du bois s’insère bien dans le pelage des animaux, ce qui donne une impression de mouvement dans leur fourrure, et va même jusqu’à y créer des motifs. Dans le même temps, elles annoncent les principales caractéristiques de la grande majorité des estampes animalières de Michel Jamar, notamment au niveau de la composition de l’image.

Antilope (M-JA-ES-00032, 00033, 00081) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 490 x 640 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Panthère à la lanterne (M-JA-ES-00075, 00074-R) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 499 x 648 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

La composition des estampes animalières 

Au centre, seul, dans une pose souvent statique et hiératique, avec un regard parfois fixé sur le spectateur : l’animal n’a pas une place décorative ou secondaire mais s’impose bien comme le sujet principal de ces estampes. L’individualisation de la figure et sa mise en valeur en font ce qu’on pourrait qualifier de véritables portraits animaliers.

Entre naturalisme…

Michel Jamar représente l’animal de manière assez réaliste, dans le sens où il est figuré dans son environnement naturel, sans anthropomorphisation, et qu’il a des attitudes propres à une bête. Le sens de l’observation aiguë de l’artiste et ses croquis réalisés sur le vif lors de visites au zoo ne sont sans doute pas étrangers à cet aspect naturaliste.
Cependant, si l’animal ne présente aucun trait ou caractère anthropomorphique, il n’en est pas pour autant dépourvu d’une certaine sensibilité, voire dans certains cas d’une « humanité ». Cela est visible dans l’expression, les attitudes qui sont données à certains animaux, tout particulièrement les animaux domestiques, représentés dans le corpus d’œuvres par les chiens et les chats. Par exemple, le Chien regardant une lanterne a quelque chose de touchant, la lueur de son regard répondant à celle de la flamme de la lanterne alors qu’il observe un papillon de nuit ; ou encore le Chien aux pots de fleurs, le regard ouvert fixé sur le spectateur, qui semble esquisser un sourire.

Chien regardant une lanterne (M-JA-ES-00039-R, 00040) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 323 x 500 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Petit chien aux pots de fleurs (M-JA-ES-00034) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 504 x 640 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

… et expressivité formelle

Cet aspect naturaliste cohabite dans le même temps avec une recherche d’expressivité formelle. Les estampes animalières de Michel Jamar font en effet état d’une stylisation voire d’une géométrisation des formes. Cela est particulièrement manifeste sur les œuvres Rhinocéros et Taureau, qui datent vraisemblablement de la même période étant données leurs similitudes. Sur ces deux estampes, les lignes de construction du corps des animaux sont laissées visibles, ce qui leur donne cet aspect géométrisé. Mais là encore, le souci d’un certain réalisme est malgré tout présent : les proportions anatomiques sont respectées, et un certain nombre
de détails sont visibles, comme les plis de la peau du taureau.

Taureau (M-JA-ES-00001, 00002, 00003, 00004, 00005)- Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 452 x 643 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Rhinocéros (M-JA-ES-00006, 00007, 00008, 00009, 00010, 00011, 00012, 00061) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 450x 640 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Si cet aspect géométrique est particulièrement visible sur ces deux estampes, il est également présent dans toutes les estampes animalières de Michel Jamar : par exemple, les pierres au premier plan de La Civette sont de simples rectangles laissés blancs. L’artiste évolue ainsi sans cesse entre stylisation et naturalisme des formes.

De la discrétion au foisonnement : la place du décor

Si certaines estampes, telles que Taureau ou Rhinocéros, présentent un décor réduit à une simple ligne d’horizon, ce dernier est souvent développé de manière importante voire foisonnante. L’animal est en général inscrit dans son environnement naturel : nature et végétation lorsqu’il s’agit d’un animal sauvage (AntilopeFélin à longs poils attrapant un oiseau), intérieurs ou figuration d’habitations dans le paysage lorsqu’il s’agit d’un animal domestique (Chat à la Lanterne et aux GravuresLe Grand Chien). En ce qui concerne le décor végétal et naturel, on peut remarquer que Michel Jamar représente souvent les mêmes espèces de plantes, quels que soient les animaux représentés. Or, ceux-ci vivent dans des zones géographiques qui peuvent être très différentes, laissant penser que la représentation de la végétation a un rôle plus ornemental que documentaire.

Félin à longs poils attrapant un oiseau (M-JA-ES-00064, 00065, 00066) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 332 x 500 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Chat à la lanterne et aux gravures (M-JA-ES-00021, 00022) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 500 x 655 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Détail, Le Grand Chien (M-JA-ES-00062, 00063) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 328 x 502 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Le décor occupe un rôle important dans ce corpus d’estampes : sur certaines d’entre elles (Le Tamanoir, Félin et fleurs, L’ours, Oryctérope), qui paraissent toutes dater de la même époque, l’animal semble se fondre dans le décor composé d’une végétation fournie et très détaillée, figurée au premier comme au second plan de l’image. Le motif végétal, et plus particulièrement ici floral, est mis en valeur par son omniprésence, à tel point que l’on peut dire qu’il s’agit du deuxième sujet principal des œuvres.

Le Tamanoir (M-JA-ES-00031, 00077) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 500 x 661 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Félin et Fleurs (M-JA-ES-00023, 00024, 00076) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 540 x 660 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

L’ours (M-JA-ES-00028, 00029, 00030, 00049, 00079) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 502 x 656 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Oryctérope (M-JA-ES-00041-R, 00042, 00043) – Gravure sur bois de fil, impression sur papier, 450 x 557 mm – Fonds Jamar, Bibliothèque Stanislas, Nancy

Conclusion 

Les gravures animalières sont parmi celles qui ont été cataloguées assez tôt après les donations successives de son œuvre à la Bibliothèque Stanislas. Bien que ce thème iconographique ne soit pas prédominant au sein de l’ensemble de l’œuvre gravé de Michel Jamar en comparaison avec d’autres – notamment les paysages et les ex-libris, très nombreux –  il en constitue tout de même une part représentative, permettant de se familiariser avec l’art de ce graveur. Le travail sur cette collection se poursuit encore actuellement, avec notamment le catalogage et l’estampillage des milliers d’estampes, matrices, dessins, peintures et documentation qui constituent aujourd’hui le fonds Jamar.

  1. Per Amann, Le Bois Gravé, Berghaus International., Allemagne, 1986, p. 107. []

L’Opéra sur le Plateau ou comment Fortunio a inspiré Le fou d’amour

Avec le soutien de la DRAC dans le cadre d’un Contrat Territoire Lecture, la Médiathèque Haut-du-Lièvre associée à l’Opéra national de Lorraine a mis en place un projet culturel et citoyen ambitieux afin de permettre aux habitants de ce quartier de tout âge et de toutes conditions, de se rassembler, de découvrir leurs potentiels, de développer des liens forts et de construire un vécu commun.

Retour sur un projet à l’échelle d’un territoire en pleine mutation : le Plateau de Haye.

Le Plateau de Haye, Quartier Prioritaire de la Ville situé sur les hauteurs des communes de Nancy, Laxou et Maxéville, est entré dans sa deuxième phase de rénovation urbaine avec la destruction d’une partie du bâtiment du Cèdre bleu qui impacte de plein fouet la médiathèque située à l’entrée 17. En mars 2022, il faut déménager dans l’ancienne halte garderie, aux Tamaris.

L’amour toujours l’amour

Tout comme le projet “Vu d’en haut” en 2018, l’ambition est de travailler à l’échelle du Plateau de Haye en touchant au plus près l’ensemble de ses habitants. Prenant comme point de départ Fortunio1, une comédie lyrique en 4 actes jouée à l’Opéra national de Lorraine entre le 24 et le 30 avril 2022, l’objectif est de créer et de jouer sur la scène de l’Opéra un spectacle dans les décors de Fortunio.


Le livret écrit par Alfred de Musset  évoque la pudeur des sentiments et les forces de l’Amour.  C’est à partir de ce postulat que le projet est orchestré, entrecroisant ateliers d’écriture, de musique, d’expression, de danse pour un public adulte et une classe de CM2 auxquels viennent s’ajouter des ateliers d’expression et de vidéo pour des personnes détenues. Pour piloter un projet de cette envergure, nous décidons de nous entourer d’une équipe artistique solide menée par la compagnie La Torpille, dirigée par Marielle Durupt, à laquelle viennent s’associer des artistes aux compétences diverses : Nicolas Arnoult pour la direction musicale, Laurent Diwo pour les chorégraphies, Fred Tiburce, Géraldine Milanese, Lobo El & Cotchei pour les ateliers d’écriture et Julie Deutsch pour la vidéo.

De son côté, l’Opéra met à notre disposition sa technicité et une partie de ses artistes : Tamara Bounazou, soprano, ainsi que 10 musiciens de l’orchestre national de Lorraine.

Affiche réalisée par Fabien Veançon pour le spectacle ” Le fou d’amour”.

Un projet en 6 actes

Acte 1 : écrire, libérer la parole, imaginer le spectacle

45 ateliers – 15 par type de public : adultes, enfants et personnes détenues ont permis de valoriser les capacités créatrices de chacun, de mobiliser les différents modes d’expression, écrite, orale (éloquence), corporelle et musicale avec pour objectif la découverte de Fortunio, l’expression des sentiments, leur mise en mouvement, en musique ou en vidéo.

“ Par amour j’ai pris des bus, des trains, des taxis

Par amour je me suis rasé la tête

Par amour j’ai dépensé toute ma paye dans une nuit d’hôtel

Par amour j’ai pris soin de lui jour et nuit

Par amour j’ai fait un enfant

Par amour je l’ai écouté plus que moi-même

Par amour je me suis oubliée

Par amour je lui ai offert mon cœur comme un bouquet de fleurs

Et je me suis enfuie de mon pays avec l’amour de ma vie”

Texte collectif des habitants du Plateau de Haye

La classe orchestre (cuivres) de CM2 de l’école élémentaire La Fontaine.
Photo Amandine Turri Hoeken

Acte 2 : comprendre et s’approprier le lieu

Les différentes études sur les pratiques culturelles des nancéiens montrent que les habitants du Plateau de Haye fréquentent très peu les salles de spectacle. Aussi, un des objectifs du projet est la démocratisation de l’accès à une culture dite élitiste pour tout un quartier défavorisé : visiter l’opéra, comprendre son fonctionnement, rencontrer des artistes lyriques et des musiciens, assister à des concerts.

Visite de l’opéra.
Photo Amandine De Cosas

Acte 3 : s’entraîner à la scène

Les Nuits de la lecture en  janvier 2022 s’imposent comme premier temps fort de l‘Opéra sur le Plateau. Elles se déclinent en 2 temps
– Le 21 janvier 2022, à la maison d’arrêt de Nancy-Maxéville : causerie autour de Fortunio et restitution des ateliers d’écriture, expression et vidéo,

– Le 22 janvier 2022, sur le Plateau : causeries autour de Fortunio organisées dans les médiathèques de Champ-le-Boeuf et Haut-du-Lièvre suivies d’une soirée spectacle de mi-parcours et des concerts à la MJC Haut-du-Lièvre.
Cette soirée sert de première expérience scénique pour le groupe d’adultes et pour la classe de CM2. Elle permet la cohésion du groupe. Les spectateurs ont apprécié tout le travail accompli à l’école et par le groupe d’adultes.

Répétition générale sur la scène de l’opéra.
Photo Adeline Schumacker – Ville de Nancy

Acte 4 : un long travail mêlant professionnels et amateurs

De nombreuses répétitions permettent aux 2 groupes (élèves et adultes) de travailler ensemble et de préparer le spectacle final intitulé Le Fou d’amour.

Avant de se produire à leur tour dans les décors de Fortunio nos artistes assistent à la générale de l’opéra.
Photo Jean-Louis Fernandez

Les vacances de printemps ont été écourtées pour répéter encore, assister à la générale de Fortunio, et enfin passer une journée sur la scène de l’opéra pour les derniers ajustements du spectacle.

Se produire sur la scène de l’opéra : une aventure extraordinaire.
Photo Frédéric Marvaux – Ville de Nancy

Acte 5 : le grand soir, représentation du Fou d’amour sur la scène de l’Opéra

Après 7 mois d’ateliers, de répétition, de stress, vendredi 29 avril 2022 à 18h30 est donnée une représentation unique du Fou d’Amour. 800 spectateurs de tous horizons sont présents : des bus ont été affrétés pour acheminer des habitants du Plateau jusqu’à la Place Stanislas.

Vendredi 29 avril 2022, représentation unique du Fou d’amour sur la scène de l’Opéra.
Photo Frédéric Marvaux – Ville de Nancy

Acte 6 : le livre souvenir

Une telle aventure méritait bien un ouvrage ! Un recueil des textes et des photos de l’aventure a été tiré à 200 exemplaires et distribué à tous les participants et  aux nombreux partenaires lors de la reprise exceptionnelle du spectacle devant 300 personnes dans une salle de Champ-le-Boeuf à  Laxou.

L’Opéra sur le Plateau en chiffres

Pour mener à bien ce projet 45 ateliers de création de textes, de danse, d’expression ont été menés auprès des différents publics (enfants, adultes, personnes détenues).

Répétition du groupe d’ adultes.
Photo Amandine Turri Hoeken

Au final, ce projet a touché près de 2 000 personnes, dont 250 lors d’actions d’accompagnement : un concert pédagogique à la MJC, une rencontre avec un chanteur lyrique au Centre Intercommunal de Champ-le-Boeuf et plusieurs visites guidées de l’opéra et de ses coulisses.

La presse s’est fait l’écho à plusieurs reprises2 de cette aventure originale.3

Samedi 22 janvier 2022 : Nuit de la lecture
Photo Amandine Turri Hoeken

On dit que l’opéra est un art total où musique, chant, théâtre, arts plastiques et danse sont réunis pour la réalisation d’un chef-d’œuvre.
Le Fou d’amour, un chef-d’œuvre ? Oui sans conteste le chef-d’œuvre d’une troupe improbable qui a su associer des professionnels et des amateurs, des enfants et des adultes, pour aboutir à un spectacle qui marque la mémoire de tout un quartier et de toutes celles et ceux qui étaient à l’opéra lors de la folle soirée du 29 avril 2022.

Voir et revoir cette aventure

Vidéo réalisée par Idontprod

 

  1. sous la direction musicale de Marta Gardolinska et mise en scène par Denis Podalydès dans un décor d’Eric Ruf. []
  2. ” Projet d’opéra sur le plateau : lancement réussi, Est républicain, 21 novembre 2021. (https://c.estrepublicain.fr/culture-loisirs/2021/11/12/projet-l-opera-sur-le-plateau-lancement-reussi []
  3. Lysiane Ganousse, ” Opéra sur un plateau : un fou épris d’une cantatrice, Est républicain, 22 mars 2022, https://c.estrepublicain.fr/culture-loisirs/2022/03/16/opera-sur-un-plateau-un-fou-epris-d-une-cantatrice []

Histoire et collections de la Bibliothèque de Nancy