Le fonds lorrain de la bibliothèque comporte depuis 2018 une collection d’albums pour la jeunesse, constituée d’ouvrages d’une quinzaine d’auteurs et illustrateurs habitant tous en Lorraine. Parmi eux, Frédérique Bertrand, diplômée de l’École des Beaux-arts de Nancy, est une figure majeure. Commencer à constituer une collection de dessins originaux d’albums pour la jeunesse avec une sélection de ses dessins comporte donc tout son sens pour l’enrichissement des collections du cabinet d’arts graphiques de la bibliothèque.
Le choix de l’acquisition
L’œuvre de l’artiste est foisonnante et comporte tout aussi bien des titres pour la jeunesse que des illustrations pour la presse nationale (Télérama, Nouvel Observateur, La Croix, Le Monde), et, dans une moindre mesure, des publications pour adultes.
La première réflexion a donc porté sur les possibilités d’acquisition par rapport à nos critères de sélection. Une démarche envers le public scolaire est menée tout au long de l’année. Elle va de pair avec les programmes de l’Education Nationale tout en s’appuyant sur nos collections.
À cet égard, la presse est abordée sous l’angle de l’Education aux Médias et à l’Information (EMI) au cours de visites-ateliers. Cet aspect, présenté à Frédérique Bertrand, a retenu son attention par rapport aux dessins originaux qu’elle a proposés. En effet, son premier album, paru aux Editions du Rouergue en 1995 s’intitule Le Petit monde 1995. Il présente de manière ludique et minutieuse l’ensemble de l’actualité de l’année 1995, mois par mois, en s’appuyant sur des illustrations très personnelles et de courts textes mis en page de façon percutante.

Tout comme dans un journal pour adultes, les informations sont de tout ordre : les 140 ans du sucre en morceaux sont évoqués à côté du premier métro de Varsovie (en 1995 !), les exploits sportifs ou le terrible génocide du Rwanda. La dédramatisation du pire survient par l’image, décalée et schématique lorsque le fait est trop grave. Ce choix de mise en page avec une information évoquant un très large registre se veut le reflet de la presse contemporaine : les petits faits sont abordés dans une moindre mesure en terme de taille dans la mise en page, et ils permettent de mieux gérer les éléments d’information majeurs.
Cette acquisition est exceptionnelle car elle comporte plusieurs types de travaux et l’intégralité des étapes de la réalisation de cet album : les planches réalisées à l’encre de chine, des collages, des planches reproduites avec calques et rehauts de crayon rouge et jaune, et enfin sur certaines planches des corrections au feutre noir ou rouge. Il s’agit de la maquette complète de l’ouvrage, soit plus de 65 planches.
Le cheminement tout le long de l’année 1995 se fait sur les traces d’un petit reporter que l’on retrouve à la marge de page en page et qui, au fil des mois, envoie des cartes postales de différentes destinations par delà le monde. Des doubles pages à la gouache viennent alors scander l’album. Elles représentent les capitales et villes importantes de sa prospection : Londres, Barcelone, Rome, Tokyo, Moscou, Mexico…
Les carnets

Pendant ses études à l’Ecole supérieure des Beaux-arts de Nancy, Frédérique Bertrand avait pour habitude d’effectuer des croquis au fil des jours sur des petits carnets noirs. C’est ainsi que se sont façonnés ses personnages et son univers, le tout systématiquement à l’encre noire. Elle appelle ses petits personnages présents dans nombres de scènes ses “petits cancrelas”. Il y a dans ces dessins un faux air de Jacques Callot. Un univers mi-réel mi-imaginaire et fantastique ressort dans chaque petite scène. Chaque croquis comporte des prises de notes établissant un éclairage sur le contexte de création et le tout constitue un véritable laboratoire graphique.
L’ensemble des douze carnets de la dernière année d’études de l’artiste (1993) est directement lié aux premières publications à venir. C’est pourquoi, malgré l’attachement qu’elle a pour ces pièces uniques et fondatrices, Frédérique Bertrand a souhaité nous les proposer. Ils sont soigneusement rangés dans une boite en carton au format et constituent un petit trésor, un thesaurus de l’œuvre de l’artiste.
Ces achats ont été réalisés avec le soutien du FRRAB (Fonds régional de restauration et d’acquisition des bibliothèques).

Le jeu de cartes

Dans les années 2000, le groupe BNP-Paribas a passé commande à Frédérique Bertrand de la conception d’un jeu de 7 familles sur le thème du développement durable. Les maquettes de ce jeu comportent sous forme de frise des familles habitant toutes les parties du monde (lapons, européens, africains, asiatiques), qui, dans leur pratiques quotidiennes et à toutes les générations adoptent des comportements éco-responsables.
Ces travaux originaux nous intéressent particulièrement car les accueils de classes effectués à la bibliothèque traitent en partie de ces questions là. Cet ensemble très coloré, complet et ludique nous a été donné par l’artiste en complément de ce que nous avons acquis.
Quelle valorisation à l’avenir ?

De manière classique, ces dessins conservés à la bibliothèque peuvent être prêtés à d’autres institutions, ce qui accroit logiquement la visibilité de ces oeuvres. Ces dernières pourront aussi être numérisées puis seront versées dans notre bibliothèque numérique de référence, Limédia Galeries.
Mais ces réalisations peuvent être un véritable atout pour les actions pédagogiques évoquées précédemment (une présentation sera faite à l’ensemble de l’équipe des bibliothèques de Nancy prochainement). Ces actions s’inscrivent dans le cadre du contrat CTEAC de Nancy (Contrat de territoire d’éducation artistique et culturelle), de l’initiation au Médias (EMI) et à la sensibilisation de la fabrique de l’information.
Le jeu de carte est un outil de sensibilisation au phénomène de réchauffement climatique de la planète. Il a l’intérêt d’être le fruit d’une commande ciblée d’un groupe bancaire pour un produit d’appel et la réponse, avec sa propre vision, d’une artiste ayant beaucoup d’expérience pour transmettre des notions au jeune lectorat. Il a donc vocation à être utilisé à des fins ludiques tout en mettant en avant la symbolique des planches originales.








































































