Amandine Gollé fête l’estampe à la Bibliothèque Stanislas

Du 14 mai au 6 juin, la Bibliothèque Stanislas accueille l’artiste lorraine Amandine Gollé dans le cadre de la fête de l’estampe. Chaque année autour de la date du 26 mai, l’établissement commémore l’édit de Saint-Jean de Luz de 1660 qui consacre la gravure comme un art libre. Pour cet événement, l’artiste a pris possession de la salle patrimoniale en installant 35 œuvres sur les tables et en hauteur. Parmi elles figurent les nouvelles acquisitions de la bibliothèque.

Amandine Gollé devant ses œuvres lors du vernissage de son exposition “Infinités” à la MJC Desforges le 03 octobre 2025 ©Josef Guinzbourg

Des acquisitions patrimoniales tournées vers les artistes femmes

Série Insectes, linogravures, 2024

L’histoire de l’art a montré que le parcours des artistes femmes a souvent été plus complexe que celui des hommes. Dans le processus de notoriété, celui-ci se caractérise souvent par des temporalités décalées ou des processus de reconnaissance différés. Ces dernières années, les institutions culturelles œuvrent à réévaluer la place de celles-ci dans les collections publiques et valoriser les fonds existants. Lors de la mise en place d’un projet de valorisation de la gravure lorraine contemporaine en 2017, la place des femmes s’est imposée comme une évidence, tant les talents sont nombreux dans cette discipline. Plusieurs d’entre elles sont désormais représentées dans les collections patrimoniales de la bibliothèque à l’image d’Elisabeth Poydenot d’Oro, Sarah Monnier, Christine Jacquel, ou Isabelle Bourger.

En 2025, la bibliothèque Stanislas a acquis 16 gravures d’Amandine Gollé : 3 gravures sur bois de la série Vues du bassin, 3 de la série Soleils noirs et la série complète des Insectes (10 linogravures) . Ces oeuvres ont été sélectionnées car elles sont représentatives des techniques qu’elle pratique et de l’esthétique de son univers artistique. Très active sur la scène artistique française et internationale, Amandine Gollé expose régulièrement son travail en Lorraine et propose des ateliers de gravure.

Parcours artistique

Née à Nancy en 1989, Amandine y vit et y travaille. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Nancy, elle part se former à l’étranger, plus précisément à Madrid (Espagne) et à Wuhan (Chine). À son retour, elle ressent le besoin de se reconnecter à sa nature profonde, et elle entame une quête artistique dans le but d’un retour aux sources.

Dans ses créations, la pratique de différentes techniques de l’estampe telles que la xylographie, la linogravure, la lithographie ou la sérigraphie, lui permet de créer un univers mêlant imaginaire et réalité. Elle tire son inspiration de ses différentes expériences et de ses voyages, intérieurs comme extérieurs.

À travers son travail, elle invite le spectateur à ressentir pleinement ses émotions et poser les yeux sur le monde qui nous entoure. La nature s’offre à nous par ses insectes ou ses paysages abstraits.

« Je traverse le monde qui m’entoure et le laisse aussi me traverser ».

L’exposition in situ

Pour la présentation de son œuvre, l’artiste avait carte blanche pour investir la salle patrimoniale de la bibliothèque Stanislas. Elle y a installé plusieurs gravures de très grand format, suspendues sur les grilles de la galerie. Quelques œuvres encadrées, de format plus petit, ont été installées dans les niches des grands meubles de la salle. Deux grandes matrices en bois, représentant ses insectes, posées sur chevalet, viennent éclairer le visiteur sur la technique de la gravure sur bois et la minutie de son travaille de graveur. Sur les tables, les nouvelles acquisitions emmènent le visiteur dans l’univers poétique de l’artiste.

Minuscules géants

“Minuscules géants” suspendus sur la galerie de la salle patrimoniale

“La centaine d’heures de travail nécessaire à la traduction en noir et blanc de matières et de textures riches, souvent colorées, voir irisées offre le temps à mon esprit de divaguer. Le geste devient méditation.

Le plus petit arthropode que j’ai représenté mesure en réalité 4 mm. Graver des êtres à l’aspect si insignifiant sur de grands formats rend hommage à leur importance dans les écosystèmes et témoigne de la fascination qu’ils exercent sur moi. Ce changement d’échelle en fait des paysages.
Se promener dans les anfractuosités, aux sommets des buttes, naviguer sur les rivières, observer les étoiles, sentir les feuilles agitées par le vent qui se cachent dans ces micro-univers : les carapaces des insectes.”
Amandine Gollé

Matrice en bois pour l’un des ses insectes de la série “Minuscules géants”

Sans dessus-dessous (Soleils noirs)

Sur le fil, série “Soleils noirs”, 2019, gravure sur bois, H-FG-ES-00117

“Sans dessus-dessous est une série d’images abstraites.
D’abord à regarder à l’endroit ou à l’envers, ces images sont devenues circulaires. Contrairement à la plupart de mes œuvres qui supposent un temps de réalisation très long afin d’arriver dans un état méditatif, celles-ci cherchent à traduire une émotion de l’instant et sont donc réalisées en quelques heures à peine.
Ces gravures s’inspirent de formes fractales que l’on retrouve dans la Nature, de phosphènes, d’imagerie scientifique du cosmos, voir cosmogonique.
Ainsi, la façon dont des branches se séparent, la progression d’un éclair dans l’air, un estuaire prolifèrent de façon similaire bien qu’étant de nature différentes et évoluant dans des milieux hétéroclites.
Je trouve cette universalité de la matière fascinante.
La série Sans dessus-dessous mélange plusieurs de ces images et se nourrit de mon vécu, de mon imaginaire. L’idée de départ est toujours très éloignée du résultat visuel final car je laisse toutes ces images me traverser.”
Amandine Gollé

Paysage intérieur

Paysage intérieur, xylographie estampée sur papier chinois, 2 x 5,5 mètres, 2023

“Dessiner un paysage dans lequel se perdre.
Carte imaginaire dans laquelle intérieur et extérieur se fondent.
Des soleils qui se percent en cavités, trous noirs desquels sortent ou pénètrent tout un florilège d’étranges végétaux qui se font tissus vasculaires ou coraux, de rivières devenues chevelures, de vallées caressantes de courbes, de reflets d’étoiles évoquant, dans cette immensité rouge, l’hémoglobine.”
Amandine Gollé

Vues du bassin

La caresse bleue, série “Vues du bassin”, 2022, gravure sur bois, H-FG-ES-00120

“En réalisant cette série, j’ai pris plaisir à reproduire ce que faisais à 4 ans : prendre ma petite chaise et aller m’installer dans le jardin de mes aïeux pour peindre ou dessiner. Chargé de l’émotion de l’instant, […] le paysage devient abstrait et chargé de ressentis. Saudade.”
Amandine Gollé

Cet article a été coécrit par Astrid Mallick, Mathilda Muller et Amandine Gollé.

Astrid Mallick
Astrid Mallick

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Astrid Mallick (12 juin 2026). Amandine Gollé fête l’estampe à la Bibliothèque Stanislas. Épitomé. Consulté le 14 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16dzf


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