Périodiques : le temps du grand rangement-Partie 1 : État des lieux de la collection

Alors que les dernières rencontres thématiques de l’ARSAG1 ont eu pour thème « Le grand » : grandes collections, grands travaux de restauration, grands volumes, grandes dimensions, grands problèmes et grands défis, le département de la Conservation de la Bibliothèque Stanislas est depuis deux ans au cœur de ce type de grands chantiers de changement qui permettront de faciliter le travail de conservation et d’optimiser les espaces de stockage. Ces chantiers sont l’aboutissement de quinze années de désherbage, de tri des collections, et de classement des périodiques.
L’article qui va suivre, le premier d’une série, a pour but de revenir à la genèse de ce projet faramineux, impliquant le mouvement d’environ deux kilomètres linéaires de collections.

État des lieux de la collection de périodiques

Face à la croissance et à l’obsolescence des classements, l’équipe de la Bibliothèque Stanislas a entrepris une vaste restructuration des collections des périodiques.

Initié en 2013, c’est un véritable travail méthodique de récolement, tri et désherbage de plus de 7 000 titres répartis sur plusieurs kilomètres de rayonnages. Ce travail, alliant rigueur documentaire, logistique lourde et valorisation patrimoniale, s’inscrit dans une démarche de long terme : le tri des collections s’achève en 2024 avec une séparation des périodiques en deux fonds : le fonds général, cumulant alors 1300 mètres linéaires et le fonds lorrain, avec 700 mètres linéaires de collection2.

Ces deux kilomètres linéaires sont répartis dans toute la bibliothèque Stanislas ; une partie a également été déportée dans notre magasin distant au sein de la médiathèque Manufacture. Même triés, les fonds ne sont pas tous catalogués et ils sont conservés sur quatre étages et dans deux bâtiments différents.
La dernière phase de ce projet consiste à rationaliser les espaces et les collections et finir ce chantier commencé il y a maintenant 12 ans.
Pour la première étape, il s’agit de faire un état des lieux des collections par fonds et par formats.

Un tri en deux fonds : général et lorrain

Les collections étaient dispatchées sur trois étages dans la bibliothèque Stanislas et une quatrième partie dans le magasin distant situé à la Médiathèque Manufacture.
Le tri effectué par l’équipe des périodiques se matérialise dans les rayonnages par des étiquettes de couleur placées sur les boîtes ou sur la tranche des étagères afin de signaler l’appartenance des titres à un fonds : une étiquette jaune pour le fonds général (noté FG) et une bleue pour le fonds lorrain (noté FL).

Vue des étiquettes d’identification des deux fonds

La mesure de chaque boîte ou étagère, nous permet d’obtenir une évaluation plus exacte du métrage des fonds.

Nous avons créé un premier outil, un tableur Excel, dans lequel les collections ont été répertoriées en fonction de leur localisation la plus précise possible (étage, épi, cote, etc).

Tableur créé pour l’identification des fonds lors du métrage de la collection

Cette première étape du chantier de prise de mesure a duré environ six mois (de janvier à juillet 2023). Même s’il a été extrêmement fastidieux, ce travail de terrain était indispensable pour la réalisation du chantier de déménagement par la suite.
Ces premiers tableaux ont réellement permis d’avoir un métrage plus précis des deux fonds et leur localisation, notamment dans certains espaces où les fonds restaient mélangés. Une dernière partie des fonds restait également à identifier au début de ce chantier de rangement.
Le fonds général des périodiques reste le plus conséquent, notamment en raison du fonds Beaux-Arts que la Bibliothèque Stanislas conserve et enrichit chaque année. L’ensemble de la collection des périodiques de la Bibliothèque Stanislas avoisine les 2 kilomètres linéaires3. Elle sera alors identifiée et cataloguée dans sa quasi-totalité, en plus d’être conservée et rangée de manière optimale.

Vue des collections de périodiques du grand grenier.

Cotes et formats

Ce premier travail de métrage a été affiné et complété en mesurant également les formats des ouvrages (in-plano, in-octavo, etc4).
Un système de cotation précis des périodiques est appliqué en fonction des fonds et format5.
Il faut noter que l’identification des périodiques du fonds lorrain a conduit les équipes à faire un vrai travail de re-cotation du fonds afin de le différencier du fonds général.
En l’état actuel, une grande partie des périodiques du fonds lorrain n’a pas encore été recotée ni physiquement, ni dans le catalogue. Ce chantier est en cours et se déroule en même temps que le chantier de rangement. C’est un élément important, car bon nombre des périodiques du fonds lorrain, s’ils sont déjà catalogués,  pendant le déménagement, ils doivent être identifiables et « trouvables » par les équipes de magasiniers, afin de continuer à les communiquer aux usagers pour la consultation.

L’identification du fonds dans nos tableaux de mesure restent donc primordiale pour comptabiliser les mesures du fonds lorrain sur les collections qui n’ont pas encore été re-cotées. Nous avons également travaillé sur une correspondance entre les anciennes cotes et anciens formats, qui seront re-cotés au fur et à mesure du chantier, mais qui doivent être pris en compte lors du métrage des collections par format.

Tableau de suivi des cotes de périodiques du fonds général

Prenons l’exemple du fonds général, illustré par ce tableur correspondant à la cote 760, qui représente les ouvrages de moins de 25 cm de hauteur. Les cotes se suivent dans l’ordre numéraire croissant mais elles sont éparpillées entre le grand grenier (noté GG) et le magasin distant de la Manufacture (noté Manu). Afin de rassembler la collection il nous faudra donc intercaler les cotes qui se trouvent dans le grand grenier de la bibliothèque Stanislas parmi celles du magasin de la Manufacture.

Ce travail colossal n’est que la phase préparatoire de ce grand chantier. Maintenant que les collections sont identifiées et métrées, il nous faut nous pencher sur les espaces disponibles afin d’organiser la deuxième phase du projet : les mouvements et déplacements proprement dit des collections.

  1. ARSAG : Association pour la Recherche Scientifique en Arts graphiques, association crée en 1972 qui a pour objectifs d’informer, assister et mettre en relation tous ceux qui s’intéressent à la recherche scientifique appliquée à la conservation du patrimoine écrit ou photographique. Consulté le 30/10/2025 à l’adresse : https://arsag.fr/pages/presentation. [↩]
  2. Laurence Vincent, Laurence Barbier et Corinne Fournery (9 décembre 2021). Les périodiques : un chantier au long cours. Épitomé. Consulté le 30/10/2025 à l’adresse : https://epitome.hypotheses.org/7067 [↩]
  3. 1,2 km pour le fonds général et 800 mètres pour le fonds lorrain (incluant le dépôt légal imprimeur de la région Lorraine [↩]
  4. Les formats sont in-plano (45 cm et au-delà), in-folio (entre 35 cm et 45 cm), in-quarto ou in-4° (entre 25 cm et 35 cm), in-8°ou in-octavo (en dessous de 25 cm [↩]
  5. Tous les périodiques sont cotés en 700 000
    La dizaine du millier permet d’identifier le format des documents
    Si le dernier chiffre des milliers finit par « 9 » il s’agit alors d’un périodique du fonds lorrain, sinon c’est un périodique du fonds général. [↩]

Amandine Gollé fête l’estampe à la Bibliothèque Stanislas

Du 14 mai au 6 juin, la Bibliothèque Stanislas accueille l’artiste lorraine Amandine Gollé dans le cadre de la fête de l’estampe. Chaque année autour de la date du 26 mai, l’établissement commémore l’édit de Saint-Jean de Luz de 1660 qui consacre la gravure comme un art libre. Pour cet événement, l’artiste a pris possession de la salle patrimoniale en installant 35 œuvres sur les tables et en hauteur. Parmi elles figurent les nouvelles acquisitions de la bibliothèque.

Amandine Gollé devant ses œuvres lors du vernissage de son exposition “Infinités” à la MJC Desforges le 03 octobre 2025 ©Josef Guinzbourg

Des acquisitions patrimoniales tournées vers les artistes femmes

Série Insectes, linogravures, 2024

L’histoire de l’art a montré que le parcours des artistes femmes a souvent été plus complexe que celui des hommes. Dans le processus de notoriété, celui-ci se caractérise souvent par des temporalités décalées ou des processus de reconnaissance différés. Ces dernières années, les institutions culturelles œuvrent à réévaluer la place de celles-ci dans les collections publiques et valoriser les fonds existants. Lors de la mise en place d’un projet de valorisation de la gravure lorraine contemporaine en 2017, la place des femmes s’est imposée comme une évidence, tant les talents sont nombreux dans cette discipline. Plusieurs d’entre elles sont désormais représentées dans les collections patrimoniales de la bibliothèque à l’image d’Elisabeth Poydenot d’Oro, Sarah Monnier, Christine Jacquel, ou Isabelle Bourger.

En 2025, la bibliothèque Stanislas a acquis 16 gravures d’Amandine Gollé : 3 gravures sur bois de la série Vues du bassin, 3 de la série Soleils noirs et la série complète des Insectes (10 linogravures) . Ces oeuvres ont été sélectionnées car elles sont représentatives des techniques qu’elle pratique et de l’esthétique de son univers artistique. Très active sur la scène artistique française et internationale, Amandine Gollé expose régulièrement son travail en Lorraine et propose des ateliers de gravure.

Parcours artistique

Née à Nancy en 1989, Amandine y vit et y travaille. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Nancy, elle part se former à l’étranger, plus précisément à Madrid (Espagne) et à Wuhan (Chine). À son retour, elle ressent le besoin de se reconnecter à sa nature profonde, et elle entame une quête artistique dans le but d’un retour aux sources.

Dans ses créations, la pratique de différentes techniques de l’estampe telles que la xylographie, la linogravure, la lithographie ou la sérigraphie, lui permet de créer un univers mêlant imaginaire et réalité. Elle tire son inspiration de ses différentes expériences et de ses voyages, intérieurs comme extérieurs.

À travers son travail, elle invite le spectateur à ressentir pleinement ses émotions et poser les yeux sur le monde qui nous entoure. La nature s’offre à nous par ses insectes ou ses paysages abstraits.

« Je traverse le monde qui m’entoure et le laisse aussi me traverser ».

L’exposition in situ

Pour la présentation de son œuvre, l’artiste avait carte blanche pour investir la salle patrimoniale de la bibliothèque Stanislas. Elle y a installé plusieurs gravures de très grand format, suspendues sur les grilles de la galerie. Quelques œuvres encadrées, de format plus petit, ont été installées dans les niches des grands meubles de la salle. Deux grandes matrices en bois, représentant ses insectes, posées sur chevalet, viennent éclairer le visiteur sur la technique de la gravure sur bois et la minutie de son travaille de graveur. Sur les tables, les nouvelles acquisitions emmènent le visiteur dans l’univers poétique de l’artiste.

Minuscules géants

“Minuscules géants” suspendus sur la galerie de la salle patrimoniale

“La centaine d’heures de travail nécessaire à la traduction en noir et blanc de matières et de textures riches, souvent colorées, voir irisées offre le temps à mon esprit de divaguer. Le geste devient méditation.

Le plus petit arthropode que j’ai représenté mesure en réalité 4 mm. Graver des êtres à l’aspect si insignifiant sur de grands formats rend hommage à leur importance dans les écosystèmes et témoigne de la fascination qu’ils exercent sur moi. Ce changement d’échelle en fait des paysages.
Se promener dans les anfractuosités, aux sommets des buttes, naviguer sur les rivières, observer les étoiles, sentir les feuilles agitées par le vent qui se cachent dans ces micro-univers : les carapaces des insectes.”
Amandine Gollé

Matrice en bois pour l’un des ses insectes de la série “Minuscules géants”

Sans dessus-dessous (Soleils noirs)

Sur le fil, série “Soleils noirs”, 2019, gravure sur bois, H-FG-ES-00117

“Sans dessus-dessous est une série d’images abstraites.
D’abord à regarder à l’endroit ou à l’envers, ces images sont devenues circulaires. Contrairement à la plupart de mes œuvres qui supposent un temps de réalisation très long afin d’arriver dans un état méditatif, celles-ci cherchent à traduire une émotion de l’instant et sont donc réalisées en quelques heures à peine.
Ces gravures s’inspirent de formes fractales que l’on retrouve dans la Nature, de phosphènes, d’imagerie scientifique du cosmos, voir cosmogonique.
Ainsi, la façon dont des branches se séparent, la progression d’un éclair dans l’air, un estuaire prolifèrent de façon similaire bien qu’étant de nature différentes et évoluant dans des milieux hétéroclites.
Je trouve cette universalité de la matière fascinante.
La série Sans dessus-dessous mélange plusieurs de ces images et se nourrit de mon vécu, de mon imaginaire. L’idée de départ est toujours très éloignée du résultat visuel final car je laisse toutes ces images me traverser.”
Amandine Gollé

Paysage intérieur

Paysage intérieur, xylographie estampée sur papier chinois, 2 x 5,5 mètres, 2023

“Dessiner un paysage dans lequel se perdre.
Carte imaginaire dans laquelle intérieur et extérieur se fondent.
Des soleils qui se percent en cavités, trous noirs desquels sortent ou pénètrent tout un florilège d’étranges végétaux qui se font tissus vasculaires ou coraux, de rivières devenues chevelures, de vallées caressantes de courbes, de reflets d’étoiles évoquant, dans cette immensité rouge, l’hémoglobine.”
Amandine Gollé

Vues du bassin

La caresse bleue, série “Vues du bassin”, 2022, gravure sur bois, H-FG-ES-00120

“En réalisant cette série, j’ai pris plaisir à reproduire ce que faisais à 4 ans : prendre ma petite chaise et aller m’installer dans le jardin de mes aïeux pour peindre ou dessiner. Chargé de l’émotion de l’instant, […] le paysage devient abstrait et chargé de ressentis. Saudade.”
Amandine Gollé

Cet article a été coécrit par Astrid Mallick, Mathilda Muller et Amandine Gollé.