Du 14 mai au 6 juin, la Bibliothèque Stanislas accueille l’artiste lorraine Amandine Gollé dans le cadre de la fête de l’estampe. Chaque année autour de la date du 26 mai, l’établissement commémore l’édit de Saint-Jean de Luz de 1660 qui consacre la gravure comme un art libre. Pour cet événement, l’artiste a pris possession de la salle patrimoniale en installant 35 œuvres sur les tables et en hauteur. Parmi elles figurent les nouvelles acquisitions de la bibliothèque.
Des acquisitions patrimoniales tournées vers les artistes femmes
Série Insectes, linogravures, 2024
L’histoire de l’art a montré que le parcours des artistes femmes a souvent été plus complexe que celui des hommes. Dans le processus de notoriété, celui-ci se caractérise souvent par des temporalités décalées ou des processus de reconnaissance différés. Ces dernières années, les institutions culturelles œuvrent à réévaluer la place de celles-ci dans les collections publiques et valoriser les fonds existants. Lors de la mise en place d’un projet de valorisation de la gravure lorraine contemporaine en 2017, la place des femmes s’est imposée comme une évidence, tant les talents sont nombreux dans cette discipline. Plusieurs d’entre elles sont désormais représentées dans les collections patrimoniales de la bibliothèque à l’image d’Elisabeth Poydenot d’Oro, Sarah Monnier, Christine Jacquel, ou Isabelle Bourger.
En 2025, la bibliothèque Stanislas a acquis 16 gravures d’Amandine Gollé : 3 gravures sur bois de la série Vues du bassin, 3 de la série Soleils noirs et la série complète des Insectes (10 linogravures) . Ces oeuvres ont été sélectionnées car elles sont représentatives des techniques qu’elle pratique et de l’esthétique de son univers artistique. Très active sur la scène artistique française et internationale, Amandine Gollé expose régulièrement son travail en Lorraine et propose des ateliers de gravure.
Parcours artistique
Née à Nancy en 1989, Amandine y vit et y travaille. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Nancy, elle part se former à l’étranger, plus précisément à Madrid (Espagne) et à Wuhan (Chine). À son retour, elle ressent le besoin de se reconnecter à sa nature profonde, et elle entame une quête artistique dans le but d’un retour aux sources.
Dans ses créations, la pratique de différentes techniques de l’estampe telles que la xylographie, la linogravure, la lithographie ou la sérigraphie, lui permet de créer un univers mêlant imaginaire et réalité. Elle tire son inspiration de ses différentes expériences et de ses voyages, intérieurs comme extérieurs.
À travers son travail, elle invite le spectateur à ressentir pleinement ses émotions et poser les yeux sur le monde qui nous entoure. La nature s’offre à nous par ses insectes ou ses paysages abstraits.
« Je traverse le monde qui m’entoure et le laisse aussi me traverser ».
L’exposition in situ
Pour la présentation de son œuvre, l’artiste avait carte blanche pour investir la salle patrimoniale de la bibliothèque Stanislas. Elle y a installé plusieurs gravures de très grand format, suspendues sur les grilles de la galerie. Quelques œuvres encadrées, de format plus petit, ont été installées dans les niches des grands meubles de la salle. Deux grandes matrices en bois, représentant ses insectes, posées sur chevalet, viennent éclairer le visiteur sur la technique de la gravure sur bois et la minutie de son travaille de graveur. Sur les tables, les nouvelles acquisitions emmènent le visiteur dans l’univers poétique de l’artiste.
Minuscules géants
“Minuscules géants” suspendus sur la galerie de la salle patrimoniale
“La centaine d’heures de travail nécessaire à la traduction en noir et blanc de matières et de textures riches, souvent colorées, voir irisées offre le temps à mon esprit de divaguer. Le geste devient méditation.
Le plus petit arthropode que j’ai représenté mesure en réalité 4 mm. Graver des êtres à l’aspect si insignifiant sur de grands formats rend hommage à leur importance dans les écosystèmes et témoigne de la fascination qu’ils exercent sur moi. Ce changement d’échelle en fait des paysages.
Se promener dans les anfractuosités, aux sommets des buttes, naviguer sur les rivières, observer les étoiles, sentir les feuilles agitées par le vent qui se cachent dans ces micro-univers : les carapaces des insectes.”
Amandine Gollé
Matrice en bois pour l’un des ses insectes de la série “Minuscules géants”
Sans dessus-dessous (Soleils noirs)
Sur le fil, série “Soleils noirs”, 2019, gravure sur bois, H-FG-ES-00117
“Sans dessus-dessous est une série d’images abstraites.
D’abord à regarder à l’endroit ou à l’envers, ces images sont devenues circulaires. Contrairement à la plupart de mes œuvres qui supposent un temps de réalisation très long afin d’arriver dans un état méditatif, celles-ci cherchent à traduire une émotion de l’instant et sont donc réalisées en quelques heures à peine.
Ces gravures s’inspirent de formes fractales que l’on retrouve dans la Nature, de phosphènes, d’imagerie scientifique du cosmos, voir cosmogonique.
Ainsi, la façon dont des branches se séparent, la progression d’un éclair dans l’air, un estuaire prolifèrent de façon similaire bien qu’étant de nature différentes et évoluant dans des milieux hétéroclites.
Je trouve cette universalité de la matière fascinante.
La série Sans dessus-dessous mélange plusieurs de ces images et se nourrit de mon vécu, de mon imaginaire. L’idée de départ est toujours très éloignée du résultat visuel final car je laisse toutes ces images me traverser.”
Amandine Gollé
Paysage intérieur
Paysage intérieur, xylographie estampée sur papier chinois, 2 x 5,5 mètres, 2023
“Dessiner un paysage dans lequel se perdre.
Carte imaginaire dans laquelle intérieur et extérieur se fondent.
Des soleils qui se percent en cavités, trous noirs desquels sortent ou pénètrent tout un florilège d’étranges végétaux qui se font tissus vasculaires ou coraux, de rivières devenues chevelures, de vallées caressantes de courbes, de reflets d’étoiles évoquant, dans cette immensité rouge, l’hémoglobine.”
Amandine Gollé
Vues du bassin
La caresse bleue, série “Vues du bassin”, 2022, gravure sur bois, H-FG-ES-00120
“En réalisant cette série, j’ai pris plaisir à reproduire ce que faisais à 4 ans : prendre ma petite chaise et aller m’installer dans le jardin de mes aïeux pour peindre ou dessiner. Chargé de l’émotion de l’instant, […] le paysage devient abstrait et chargé de ressentis. Saudade.”
Amandine Gollé
Cet article a été coécrit par Astrid Mallick, Mathilda Muller et Amandine Gollé.
Ipoustéguy figure parmi les sculpteurs majeurs de la seconde moitié du xxe siècle. Ses œuvres sont conservées dans les plus importantes collections publiques du monde et ses sculptures monumentales sont installées dans les grandes villes et les capitales comme Paris, Lyon, Berlin, Washington, Hakone (Japon). À côté des 612 sculptures de l’artiste, l’œuvre graphique tient une importance considérable.
Le dessin, la gravure ou l’illustration offrent à Ipoustéguy des supports d’expression différents, où la ligne se fait plus libre, la contrainte de la matière moins présente et où le tridimensionnel fait place à la surface plane. Là s’ouvrent alors de nouvelles perspectives artistiques, à la fois techniques et esthétiques. En 2024 et 2025, un ensemble d’œuvres est entré à la Bibliothèque Stanislas permettant de conserver et montrer ce travail graphique de l’artiste.
Oignon, 1989, gravure à l’eau-forte et aquatinte sur papier, 3/33, G-FG-ES-00179.
Ipoustéguy sculpteur
Né à Dun-sur-Meuse en 1920, Jean Robert, dit Ipoustéguy, est attiré très jeune par le dessin et la peinture. Doué pour le dessin, il souhaite devenir artiste mais il tait ses ambitions à ses parents qui ne pouvaient imaginer que ce soit une carrière. Il a 10 ans lorsque sa famille s’installe d’abord en Charente puis en banlieue parisienne. À Paris, il s’inscrit aux cours du soir de dessin de la Ville de Paris. Il y rencontre un professeur qui va marquer sa carrière, Robert Lesbounit (1904-1984), qui lui fera prendre comme nom d’artiste, celui de sa mère, Ipoustéguy. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il a 19 ans, il est mobilisé à Dijon. Après l’Armistice il participe à ses premières expositions collectives à Paris et se lance pleinement dans une vie artistique. Au cours de ses travaux, il découvre les ateliers à Choisy-le-Roi du céramiste Le Noble et à partir de 1953, il se consacre à la sculpture. Sa carrière décolle dans les années 1960 avec un rayonnement international et des expositions collectives et individuelles. Les musées français et internationaux accueillent très vite les œuvres du sculpteur tout comme les collectionneurs.
Son œuvre est singulier. Au début des années 1960, il abandonne l’abstrait pour le figuratif. Profondément humaniste, il représente l’homme dans ses prises avec le réel, exprimant les combats de l’intérieur et de l’extérieur. On retrouve souvent l’anatomie de corps torturés, morcelés, mis en scène dans des postures expressives et puissantes. Parmi les œuvres emblématiques de l’artiste : Val de Grâce (1977), Mort de l’évêque Neuman (1976), Scène comique de la vie moderne (1976), Homme passant la porte (1966), Les Plongeuses (1967-1968), Femme au bain (1966), La naissance (1968), Maison (1976), Mangeur de gardiens (1970), Louise Labé (1981) ou Livre (1985).
Ipoustéguy graveur
La Bibliothèque Stanislas a reçu en don de la famille Robert (épouse, fille et petit-fils de l’artiste) l’intégralité de l’œuvre gravé de l’artiste. Ce sont 51 gravures qui permettent aujourd’hui d’appréhender son talent de graveur. Réalisées essentiellement en 1989 et 1990, elles sont de grand format, à l’eau-forte, aquatinte ou pointe sèche. Entre abstraction et figuration, elles montrent l’attachement de l’artiste à la ligne, à la puissance graphique du trait. Par son mouvement, son épaisseur, sa répétition, le trait structure sa composition. Il se suffit parfois à lui-même comme dans Elle réalisée en 1989. Puis vient s’ajouter le jeu du noir et du blanc, de l’ombre et de la lumière, de la nuance des valeurs que l’artiste aime traiter en aquatinte. Quelque fois, la couleur s’invite dans l’estampe, comme dans Petite Pomme et Grosse Pomme gravées en 1989.
Petite pomme, 1989, gravure en couleurs à l’eau-forte et aquatinte sur papier, 12/33, G-FG-ES-00145.
Il fait imprimer ses gravures sur des grandes feuilles, environ 60 x 80 cm, pour des cuivres de taille moyenne à petite. La place de la marge dans l’esthétique globale de l’œuvre est importante pour l’artiste. Elle participe à l’impact visuel, à la mise en scène, dans la réception du motif.
Cône, 1990, gravure à l’eau-forte, aquatinte et pointe sèche sur papier, 7/33, G-FG-ES-00184.
La justification de ses gravures est originale, car elles sont quasiment toutes tirées à 33 exemplaires. On retrouve dans ce choix numérique, l’esprit humoristique d’Ipoustéguy.
Son travail de graveur s’attarde sur la ligne et sur les jeux d’ombres et de lumière. On retrouve ainsi des caractéristiques similaires au domaine de la sculpture où la ligne et la lumière tiennent une place essentielle.
Ipoustéguy et le livre
En parallèle de ce don d’œuvres graphiques, la famille a donné des ouvrages écrits par Ipoustéguy et d’autres qui parlent de lui. Ils viennent compléter les achats de livres, réalisés en 2024 par la Bibliothèque Stanislas, qu’il a illustrés de gravures ou de sérigraphies. Amoureux de littérature et de poésie, il commence à écrire dès les années 1940. Un premier ouvrage intitulé La Fam de Knut Hansum est édité à compte d’auteur en 1940. Puis il publie en 1960 Les Guerres du Milieu, trois nouvelles imprégnées de la violence et de la cruauté de la guerre.
Le sirop de la rue, coffret de quatorze affiches, nouvelle acquisition.
En 1968, il réalise un coffret d’affiches en lien avec les manifestations de mai 68 : Le Sirop de la rue. De grand format, couvert d’une toile rouge vif, ce coffret contient quatorze affiches qui illustrent les événements. On y retrouve certains slogans entendus dans l’Atelier populaire des Beaux-Arts où il en réalise une grande partie.
En 1969 il réalise vingt illustrations pour l’ouvrage Procès d’Henry Sylvestre.
La même année, avec Leaders et Enfants nus, il allie ses passions de la sculpture et de la littérature. Il réalise pour ses poèmes un coffret en acier et une suite d’illustrations composée de 9 plaques mobiles gravées sur de l’aluminium oxydé anodiquement et coloré au bain jusqu’à imprégnation dans la masse. Ce livre sculpture est la synthèse de son art : il est à la fois auteur, illustrateur et sculpteur. La composition intérieure est complexe : le livre de petit format est percé et fixé sur le trou central du coffret. Positionné sur le côté, il occupe un tiers de l’espace, laissant apparaitre la structure métallique du coffret. Les illustrations sur les plaques d’aluminium sont en couleurs, au format de l’intérieur du coffret et percées au centre pour venir s’emboîter sur le trou.
Leaders et enfants nus, 1969, coffret sculpture en acier contenant le livre et 9 plaques d’illustrations, nouvelle acquisition.
En 1974, il grave vingt-trois pointes sèches pour l’illustration de Léonard de Vinci ou la fin de l’humilité de Robert Lebel et illustre également de dix pointes sèches l’ouvrage d’Heinrich von Kleist, Das Erdbeben in Chili.
Le travail autour du trou, du cercle, initié en 1969 avec Leaders et enfants nus, il le poursuit en 1976, avec Ronds dans l’O et le Pessimisme, un coffret composé de grandes sérigraphies accompagnées de textes. Assorti du sous-titre Le livre est un rond, l’artiste joue avec le graphisme du cercle en proposant un assemblage de planches trouées mais dont l’emplacement du trou est décalé. Il se créé alors l’illusion de profondeur, comme une sorte de tourbillon. Chaque planche est traitée dans des teintes différentes et souvent très vives.
Rond dans l’O & le Pessimisme, éditions Sigart Rome, 1976, nouvelle acquisition.
À travers ses gravures et ses illustrations, Ipoustéguy affirme l’importance de la ligne dans l’esthétique de toute chose, qu’elle soit figurative ou abstraite. Sa densité, son mouvement, sa pureté, sa manière d’occuper l’espace et sa dynamique sont des caractéristiques communes dans ses sculptures et ses œuvres graphiques.
Le mécénat pour les collections publiques représente un enjeu majeur dans le contexte économique actuel. Les dotations de l’État diminuent et la culture n’est pas épargnée par les restrictions budgétaires. Dans cette situation, comment continuer les missions d’enrichissement des collections patrimoniales dont les coûts sont souvent très élevés ? Plusieurs types de mécénats existent en France pour les institutions culturelles. Après avoir mené avec succès une campagne de levée de fonds de 2018 pour l’achat d’estampes de Claude Weisbuch, la Bibliothèque Stanislas a pu bénéficier d’une autre forme de mécénat : une vente publique à son profit.
La générosité de la famille Jamar
En 1995, l’artiste lorrain Michel Jamar (1911-1997) avait fait don à la Bibliothèque Stanislas d’une partie de son travail. Un ensemble d’environ 300 dessins, estampes et ex-libris avait rejoint les collections de la bibliothèque et une partie avait fait l’objet d’une exposition cette même année.
En 2012, Xavier Jamar, son fils et Anne son épouse, complètent cette première donation en y ajoutant le fonds d’atelier de l’artiste. Ce sont alors plus de 10 000 œuvres qui entrent dans les collections patrimoniales, des livres, des dessins, des estampes, des matrices et la presse en taille-douce de l’artiste. Les peintures n’ont pas fait partie de la donation car la bibliothèque n’a pas vocation à conserver les peintures.
En 2023, Xavier Jamar fait part de son intention de vendre la collection de peinture et le reste des estampes au profit de la Bibliothèque Stanislas. L’argent récolté doit être mis au profit des collections patrimoniales pour l’acquisition d’œuvres de graveurs lorrains anciens et contemporains.
La vente s’est déroulée le 22 février 2024 dans l’étude Alexandre Landre de Nancy et a fait l’objet d’un catalogue imprimé. Plus de 300 lots sont passés aux enchères publiques, tous n’ont pas trouvé preneur et certains sont parfois repassés dans des ventes en ligne ultérieurement. Cette vente a rapporté 3 554 euros. Le chèque a été remis officiellement le 12 juin 2024 par Xavier Jamar à la ville de Nancy, lors d’une cérémonie à la Bibliothèque Stanislas.
Catalogue de la vente du fonds d’atelier Jamar
Des achats ciblés
Les œuvres acquises grâce à l’argent de cette vente ont été sélectionnées avec soin : des œuvres rares ou dont les créateurs sont peu représentés dans les collections.
Ainsi, neuf estampes anciennes et modernes ont été acquises auprès de galeries parisiennes spécialisées.
Nicolas Guillaume De La Fleur (1608?-1670)
Originaire de Lorraine, Nicolas Guillaume a travaillé un temps en Italie, à Rome, avant de revenir s’installer en France. Le nom « de la Fleur » est un pseudonyme lié à la qualité des gravures de fleurs qu’il a réalisé.
Autoportrait, 1638
Frontispice d’une suite de douze Etudes de fleurs
Gravure originale à l’eau-forte et au burin sur papier vergé
175 × 140 mm, filet de marge
Belle épreuve de l’état définitif (sur 2), avec l’adresse de Mariette
Collection François Heugel (L. 3373)
Référence : Robert-Dumesnil 1 ii/ii, IFF 1 Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-07422
François Collignon (1609-1687)
Né à Nancy vers 1609, François Collignon apprend le métier de graveur auprès du maître lorrain Jacques Callot (1592-1635). Très empreint du style de Callot, il produit de nombreuses gravures et devient également éditeur et marchand d’estampes. Il est actif en Lorraine, en France et en Italie au XVIIe siècle
Les Quatre Saisons, vers 1645
Suite de quatre eaux-fortes sur papier vergé
89 x 270 mm ; marges 102 x 282 mm
89 x 270 mm ; marges 102 x 281 mm 90 x 270 mm ; marges 108 x 282 mm 89 x 270 mm ; marges 104 x 284 mm Non référencé dans l’IFF Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-07424 à 07427
Jules Bastien-Lepage (1848-1884)
Jules Bastien-Lepage est un artiste né à Damvillers dans la Meuse. Il est un des grands représentants de la peinture naturaliste française. Ses œuvres colorées, vibrantes, montrent souvent des scènes de la vie rurale, les travaux paysans. Son œuvre gravé est très limité puisque que seules cinq gravures sont recensées.
Faucheurs à Damvillers, 1879
Eau-forte
193 × 275 mm, marges 308 × 459 mm
Très belle et rare épreuve du premier état (sur 2) sur vergé crème, avant la réduction de la plaque sur la partie droite, annotée « Bon à tirer » et signée « J. Bastien-Lepage » dans la marge inférieure.
Référence : Aubrun G. 746 i/ii, IFF 1-2 Bibliothèques de Nancy, M-FG-ES-00820
Faucheurs à Damvillers, 1879
Eau-forte
195 × 259 mm, marges 314 × 474 mm
Belle épreuve de l’état définitif sur Chiné appliqué, avec la réduction de la plaque sur la partie droite.
Référence : Aubrun G. 746 ii/ii, IFF 1-2 Bibliothèques de Nancy, M-FG-ES-00821
Retour des champs, 1877
Eau-forte 275 × 190 mm, marges 477 × 309 mm
Belle épreuve sur vergé crème d’Arches, épreuve avant la lettre.
Référence : IFF 1-1 Bibliothèques de Nancy, M-FG-ES-00819
Léopold Poiré (1879-1917)
Né à Metz en 1879, Léopold Poiré vient s’installer à Nancy autour des années 1900 et entre au service de l’ingénieur Bellieni. Photographe de talent, il apprend la gravure avec Victor Prouvé (1858-1943) et les artistes de l’École de Nancy. Son œuvre gravé est original et s’inspire de son travail de photographe.
Les Cygnes, vers 1910
Eau-forte
69 x 159 mm, marges 265 x 325 mm
Belle épreuve avec une teinte de fonds en bleu. Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-07423
À l’occasion de la fête de l’estampe qui sera célébrée partout en France le 26 mai, la Bibliothèque Stanislas offre à découvrir ses collections d’estampes. Si les œuvres contemporaines ont souvent été mises en avant, les gravures anciennes ne sont pas moins présentes dans les collections : écoles française, italienne, allemande, gravures sur métal ou sur bois. Voici une sélection de quelques œuvres.
Schongauer, Martin (vers1445/1450-1491)
“La sépulture” ou “La mise au tombeau”, gravure au burin sur papier vergé, 167 x 116 mm, Mehl-2-157.
L’art de la gravure sur cuivre est né vers 1430 dans le sud de l’Allemagne. Martin Schongauer est un peintre et graveur allemand considéré comme un des premiers maîtres de la gravure allemande. Très admiré par Albrecht Dürer (1471-1528), son œuvre compte une centaine de gravures. Parmi elles, la série consacrée à la passion du Christ, composée de douze scènes allant de l’agonie au jardin des oliviers jusqu’à la résurrection. Cette scène, intitulée La sépulture ou La mise au tombeau, présente le corps du Christ mis au tombeau. Autour du tombeau, la Vierge, saint Jean et trois saintes femmes dont Marie-Madeleine qui embrasse la main du Christ. On aperçoit en arrière-plan la croix et son échelle sur la colline.
Lucas de Leyde (1494?-1533)
“Jésus Christ portant sa croix”, gravure au burin sur papier vergé, 1515, 79 x 104 mm, inv. 690 559 folio 49bis.
Lucas de Leyde est un peintre et graveur hollandais incontournable de la première moitié du XVIe siècle. Son œuvre compte un peu plus de 170 gravures. Cette estampe illustre la passion du Christ. Il est représenté à genoux, succombant sous le fardeau de la croix et tournant la tête vers une femme qui lui présente un suaire. La date de 1515 apparaît en haut à droite au dessus de la femme.
Caraglio, Gian Giacomo (1505?-1565)
“Saturne dévorant son enfant”, gravure au burin sur papier vergé, 1526, 218 x 113 mm, inv. 690 559 folio 92. Éditée par Antonio Salamanca (1478-1562).
Gian Giacomo Caraglio est un graveur italien élève de Marcantonio Raimondi (1480?-1534?). Il a également été graveur de médailles et de gemmes. Cette gravure fait partie d’une suite de vingt estampes représentant des divinités de la mythologie, debout dans des niches avec les attributs qui les caractérisent. Ici, on retrouve Saturne dévorant l’un de ses enfants. Selon la tradition, calquée sur le mythe grec de Cronos, pour éviter que ne s’accomplisse la prédiction selon laquelle il serait détrôné par l’un de ses enfants, Saturne dévora chacun d’eux à leur naissance.
Maître IB (école allemande, début du XVIe siècle)
“Emblèmes avec espoir, tribulation, envie et tolérance”, gravure au burin sur papier vergé, 1529, 145 x 84 mm, inv. 690 559 folio 114.
Cette gravure a été réalisée par un artiste allemand du début du XVIe siècle qui n’a pas encore été identifié. Son monogramme reste utilisé pour mentionner son nom. L’espérance debout entre la vie et la tribulation. Celle-là, à droite, bat avec un marteau triplé le cœur d’un homme vertueux que l’envie tient sur une enclume posée sur la tolérance qui est couchée à terre. Ces quatre passions sont exprimées par des figures de femmes, dans une forme de médaillon ménagé dans une table qui est suspendue à une colonne, au pied de laquelle sont assis deux génies. La beauté de cette gravure réside dans l’utilisation d’un fond entièrement gravé, hachuré, donnant un rendu totalement noir. Ainsi, le motif apparaît très en volume, comme un élément sculpté, un bas-relief.
Pomedelli, Giovanni Maria (1478?-1537?)
[Animaux de basse-cour], gravure au burin sur papier vergé, 1534, 143 x 144 mm, inv. 690 559 folio 20.Giovanni Maria Pomedelli est un orfèvre, peintre, graveur et médailleur italien qui a travaillé dans la région de Vérone. Seules six gravures sont connues de cet artiste. Trois sont signalées au British Museum, une au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France. Cette gravure représente de nombreuses volailles, canards, coqs, poules, probablement dans une basse-cour. Le monogramme de l’artiste figure en bas au centre : une poire traversée par un paraphe (sorte de Z par dessus le fruit).
Pencz, Georg (1500?-1550)
“Joseph vendu à des marchands Ismaëlites”, gravure au burin sur papier vergé, 1546, 124 x 86 mm, inv. 690 559 folio 116.
George Pencz est un peintre et graveur allemand de style maniériste. Formé à l’atelier d’Albrecht Dürer, il voyage en Italie où il est profondément marqué par l’art de Marcantonio Raimondi. Cette gravure fait partie d’une suite de quatre estampes illustrant l’histoire de Joseph dans l’Ancien Testament. Joseph, debout à gauche, est vendu par ses frères à des marchands Ismaëlites.
Delaune, Étienne (1518?-1583)
“Mêlée de guerriers nus”, gravure au burin sur papier vergé, 70 x 223 mm, Rés. 4176 folio 1.
Étienne Delaune est un orfèvre et graveur français de la Renaissance. Son œuvre gravé est important. Cette estampe fait partie d’une suite de douze gravures en forme de frise sur fonds noir. Celle-ci présente des guerriers nus armés de massues et d’arcs qui se précipitent les uns contre les autres. Certains d’entre eux portent des panaches de plumes sur la tête et à la ceinture. On remarque en bas à gauche la signature du graveur dont la première lettre est gravée à l’envers “Stephanus Fecit”.
Leu, Thomas de (1555?-1612?) d’après Antoine Caron (1521-1599)
“Ajax Locrien”, gravure au burin sur papier vergé, 239 x 192 mm, Rés. 4154 folio 45.
Thomas de Leu est un graveur et éditeur d’estampes d’origine néerlandaise. Il est un des grands représentants de la gravure française du XVIe siècle. Son œuvre est volumineux notamment les portraits. Ici, c’est un thème de la mythologie grecque qui est illustré, un épisode de la guerre de Troie : Ajax, fils du roi de Locride, qui a éveillé la colère des dieux, est représenté écrasé sous le rocher sur lequel il s’était réfugié, fendu d’un coup de trident par le dieu Apollon. La composition a été gravée par Thomas de Leu d’après une œuvre d’Antoine Caron, peintre français de la Renaissance.
Joannes Wierix (1549?-16..) d’après Albrecht Dürer (1471-1528)
“Melencolia I” gravure au burin sur papier vergé, 1602, 243 x 193 mm, 690 559 folio 44.
Joannes Wierix est un illustre graveur flamand issu d’une grande dynastie de graveurs. Les Wierix ont beaucoup gravé d’après Dürer. Joannes reprend ici une œuvre très célèbre créée par Albrecht Dürer en 1514, Melencolia I. Cette œuvre est composée de multiples objets et éléments symboliques : un livre, un compas, une bourse, des clés, un sablier, une cloche, un cadran solaire, un carré magique, un polyèdre, etc. À droite de la composition, l’ange, par sa posture et l’expression de son regard, exprime avec force le tempérament de la mélancolie. Cette œuvre a été très étudiée par les historiens de l’art et sa complexité laisse, aujourd’hui encore, de nombreuses hypothèses différentes quant à sa signification.
Saenredam, Jan Pietersz (1565?-1607) d’après Goltzius, Hendrick (1558-1617)
“Les trois sortes de mariage (n°1 et n°2)”, gravure au burin sur papier vergé, 235 x 164 et 236 x 164 mm, inv. 699 033.
Jean Saenredam est un peintre, dessinateur et graveur maniériste hollandais. Il a été formé dans l’atelier d’Hendrick Goltzius, un autre peintre et graveur néerlandais célèbre. Il a beaucoup gravé d’après Goltzius et son œuvre compte un peu plus d’une centaine d’estampes. Les deux gravures présentées ici font partie d’une suite de trois estampes illustrant trois sortes de mariage : à gauche, le mariage qui se fait dans la seule vue du plaisir, et auquel préside l’Amour. À droite, le mariage dont le principal motif est les richesses, et qui est l’ouvrage du démon. Le traitement des drapés, des figures et des corps illustre parfaitement le courant maniériste.
“La fille portant le coussin”, eau-forte sur papier vergé (1590-1642), 168 x 83 mm, inv. 690 558 folio 134.
Guido Reni est un peintre et graveur italien, figure dominante de l’École de Bologne. Son œuvre gravé compte une soixantaine d’estampes. Il grave d’après ses propres dessins mais aussi ceux d’autres maîtres de son temps. Ainsi, il réalise ici la gravure d’une jeune femme regardant un coussin qu’elle tient dans ses bras d’après le dessin de Parmigianino conservé aujourd’hui à la Galerie Nationale de Parme (Inv. n°510/25).
Cette année, Nancy fête les 400 ans de la naissance de l’un de ses célèbres artistes : Israël Silvestre. Dessinateur et graveur de talent, il a réalisé des milliers de vues topographiques et de paysages. Une exposition-dossier, réalisée par les équipes du Musée des Beaux-arts, du Musée lorrain et des Bibliothèques de Nancy, présente du 02 juillet au 03 octobre 2021 une quarantaine de gravures de l’artiste.
Qui est Israël Silvestre ?
Gérard Edelinck (Anvers, 1640 – Paris, 1707) d’après Charles Le Brun (Paris, 1619 – Paris, 1690), Portrait d’Israël Silvestre, après 1670 ?, eau-forte et burin, 3ème état, Bibliothèques de Nancy, TS 10 Silvestre 1
Né en 1621 à Nancy, Israël Silvestre est baptisé le 15 août 1621 à la paroisse Saint-Epvre. Son père, Gilles Silvestre, était devenu peintre à la suite de son mariage avec Élisabeth Henriet, fille du peintre du duc de Lorraine Claude Henriet (v.1590/1594-1661). Son parrain fut son oncle Israël Henriet, éditeur de gravures de Jacques Callot (1592-1635).
Israël Silvestre, âgé d’une dizaine d’années, part rejoindre son oncle à Paris après la mort de son père. Israël Henriet lui apprend d’abord à dessiner à la plume d’après les dessins de Callot, puis lui enseigne la gravure à l’eau-forte. Comme d’autres artistes, il fait son voyage à Rome, à plusieurs reprises. Le premier séjour a lieu entre 1638 et 1641. De cette période datent plusieurs dessins et gravures.
À Paris, Israël Silvestre se lie d’amitié avec un autre graveur, Stefano della Bella (1610-1664), qui travaille alors dans l’atelier de son oncle. En 1661, Israël Henriet décède et fait de son neveu son unique héritier. Israël Silvestre récupère donc à cette occasion l’intégralité du fonds d’éditeur de son oncle, dont les matrices des œuvres de Jacques Callot.
Excellent dessinateur et graveur, Israël Silvestre est nommé graveur ordinaire le 20 mars 1663. Il participe alors à la grande entreprise du Cabinet du Roi, destinée à propager la gloire du roi à travers des gravures illustrant les victoires, les grandes batailles mais aussi les fêtes, les châteaux et maisons royales françaises.
Israël Silvestre (Nancy, 1621 – Paris, 1691), Vue de l’hôtel de Soissons, autour de 1650, feuille d’une suite de 16 pièces dessinées et gravées par Silvestre, présentant des vues de Paris et des environs, eau-forte, Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-07148
Agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1666, il reçoit toujours plus de commandes royales et son succès n’est plus à faire. En 1674, Louis XIV le nomme maître à dessiner de monseigneur le Dauphin, il est alors chargé d’apprendre le dessin au jeune prince, et il l’initie à l’art de la gravure à l’eau-forte.
Israël Silvestre meurt le 11 octobre 1691 à l’âge de 70 ans, laissant derrière lui un œuvre gravé important de plus d’un millier d’œuvres.
Dessinateur, graveur, éditeur et marchand
Excellent dessinateur et graveur, Israël Silvestre connaît le succès rapidement de son vivant. Si son corpus de gravures est relativement bien connu, son travail de dessinateur a fait l’objet en 2018 d’une exposition au musée du Louvre permettant de mettre en lumière ce pan moins connu de son talent.
Gabriel Pérelle (Vernon, 1604 – Paris, 1677), d’après Israël Silvestre (Nancy, 1621 – Paris, 1691), Vue des jardins et parterres de la Maison de Gondy à Saint-Cloud, feuille appartenant à un ensemble de 2 pièces dessinées et gravées par Silvestre, présentant des vues du château de Saint-Cloud, eau-forte, Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-07198
Silvestre fut aussi éditeur et marchand. Il possédait non seulement ses propres plaques mais aussi le fonds de matrices de son oncle Israël Henriet, parmi lesquelles celles de Jacques Callot ou de Stefano della Bella. Dès 1659, il obtient du roi la permission exclusive d’imprimer ses propres ouvrages et, en 1661, d’imprimer les planches de Jacques Callot. À partir de 1662, il les imprime après y avoir apposé son « excudit ». En 1684, il obtient la permission d’imprimer les cuivres de Stefano della Bella.
Son travail est recherché et collectionné dès le XVIIe siècle. Après sa mort, Silvestre continue à être très apprécié et ses œuvres suscitent toujours l’engouement des collectionneurs.
Les œuvres de Silvestre à la Bibliothèque Stanislas
La commémoration de l’anniversaire de la naissance d’Israël Silvestre a été l’occasion de faire le point sur son œuvre au sein des collections de la bibliothèque.
L’œuvre de Silvestre figure dans différents classements à la bibliothèque : par artiste, par localité, par fonds de collectionneur et dans les recueils factices d’estampes. Le fait que les œuvres ne soient pas rassemblées empêche d’avoir une vison d’ensemble de la collection. La préparation de l’exposition a permis de mettre en lumière un ensemble de plus de 1100 gravures concernant l’artiste.
Israël Silvestre (Nancy, 1621 – Paris, 1691), Nancy, eau-forte, dessinée et gravée par Silvestre, Nicolas Cochin (Troyes 1610 – Paris 1686) et Adam Perelle (Paris 1640 – Paris 1695), Bibliothèques de Nancy, H-FG-ES-00003
La collection d’estampes « en feuille » se compose d’environ 450 gravures. Une centaine d’entre elles font partie de la collection Thiéry-Solet. Pour les recueils factices de gravure, cinq contiennent exclusivement des estampes de l’artiste et deux, de nombreuses gravures d’auteurs différents, parmi lesquels, Israël Silvestre. Au total, les recueils contiennent environ 650 gravures d’Israël Silvestre.
M-FG-AL-00028 : recueil factice de gravures ayant appartenu à un collectionneur lorrain du XVIIIe siècle, libraire, Jean-François Nicolas (1710-17..). Composé de gravures de différentes écoles, il avait cependant rassemblé dans ce volume plus de 300 œuvres du lorrain Israël Silvestre.
P-FG-AL-00038 et 00039 : ensemble de deux volumes de gravures d’Israël Silvestre constitués au XVIIIe siècle contenant 259 estampes.
P-FG-AL-00037 : recueil factice constitué des 13 vues de Nancy et de la Lorraine.
M-TS-AL-00002 : recueil ayant appartenu au collectionneur lorrain Jean-Baptiste Thiéry-Solet (1803-1889). Il avait rassemblé dans ce volume 17 gravures de grand format concernant le château de Versailles.
Israël Silvestre (Nancy, 1621 – Paris, 1691), Vue en partie du Palais de Nancy, eau-forte, Bibliothèques de Nancy, P-FG-ES-00066
M-TS-AL-00003 : recueil de gravures ayant d’abord appartenu à la collection de Philippe d’Orléans (1674-1723), régent du royaume de France, avant d’être acquis par le collectionneur lorrain Jean-Baptiste Thiery-Solet (1803-1889). Il se compose d’une sélection de 31 gravures de grand format représentant les maisons royales et villes de France.
La mise en ligne des œuvres d’Israël Silvestre est en cours. Certaines épreuves et recueils sont déjà accessibles sur le site Limédia Galeries. Une exposition virtuelle y reprend en partie l’exposition présentée au Musée des Beaux-arts du 02 juillet au 03 octobre 2021.
Bibliographie :
Gady (B.) et Trey (J.), La France vue du grand siècle, dessins d’Israël Silvestre (1621-1691), catalogue de l’exposition présentée au Louvre du 15 mars au 25 juin 2018, Paris : Musée du Louvre, 2018.
Grivel (M.), « Éloge d’un « graveur paresseux », Israël Silvestre (1621-1691)» dans « Fort docte aux lettres et en l’architecture » Mélanges en l’honneur de Claude Mignot, Paris : Sorbonne Université presses, 2019, p. 459-513.
Depuis trois ans maintenant, la Bibliothèque Stanislas accueille les étudiants en master 1 d’histoire de l’art de l’Université de Lorraine dans le cadre de leur formation sur l’histoire de la gravure en Lorraine. Durant plusieurs séances, les étudiants découvrent à travers l’examen des œuvres originales, le talent des maîtres graveurs lorrains Jacques de Bellange (1575?-1616), Jacques Callot (1592-1635) et Sébastien Leclerc (1637-1714).
L’origine du projet
La bibliothèque de Nancy accueille tout au long de l’année les chercheurs et les étudiants pour les aider dans leurs travaux. Depuis une dizaine d’années, la Bibliothèque Stanislas cherche à établir un lien plus fort avec l’Université de Lorraine et plusieurs projets de recherche ont été menés en collaboration avec les professeurs d’histoire et d’histoire de l’art de l’université de Nancy1. Chaque année, au moment de la rentrée, la Bibliothèque Stanislas propose des sujets de recherche et des stages aux étudiants en histoire de l’art afin de faire avancer la recherche sur les collections. Depuis longtemps, l’idée de proposer des cours universitaires in situ a été discutée avec les professeurs mais par manque de temps ou à cause des difficultés d’organisation, le projet n’avait jamais pu aboutir.
Les étudiants assistent au cours en bénéficiant de la projection du diaporama sur écran et de l’examen des œuvres originales conservées à la bibliothèque.
Pierre Wachenheim, maître de conférences en histoire de l’art moderne, sensible à l’art de l’estampe, a souhaité que les étudiants de l’Université de Lorraine connaissent ce médium et qu’ils connaissent le nom de ces artistes lorrains qui ont fait la renommée de la gravure française. Il a donc délocalisé plusieurs de ses séances de cours à la Bibliothèque Stanislas.
Examen d’une gravure de Bellange avec un compte-fil
Des cours à deux voix
Durant les différentes séances la présentation s’est organisée à deux voix. Le cours s’articule autour de la présentation d’estampes, avec des apartés sur la conservation, le papier, la manipulation, les particularités d’exemplaires, etc. La présentation se fait à la fois par la projection d’un diaporama mais aussi par la présentation des gravures originales. Chaque étudiant a la possibilité d’examiner l’œuvre originale, de comparer parfois deux épreuves de la même gravure et d’en mesurer les nuances d’encrages, les différents états ou de se rendre compte de la taille réelle des œuvres (la diffusion sur écran est souvent trompeuse !)
Projection de deux états différents du portrait du graveur lorrain Sébastien Leclerc.
En parallèle, les ouvrages nécessaires à l’étude d’un artiste ou du sujet sont présentés pendant le cours et restent à disposition des étudiants à la Bibliothèque Stanislas pour une lecture plus approfondie.
Des livres utiles à l’étude des graveurs lorrains sont présentés lors de chaque séance. Ici, l’étude de l’œuvre gravé de Jacques Callot peut être abordée grâce aux usuels accessibles en permanence en salle de consultation patrimoniale.
Donner le goût de l’estampe
Les étudiants en histoire de l’art ont souvent préféré l’étude des « arts majeurs » aux « arts mineurs ». La peinture, la sculpture ou l’architecture ont souvent la faveur des jeunes chercheurs et peu d’entre eux se consacrent à l’histoire de la gravure. Est-ce par désintérêt ? Est-ce par méconnaissance ? Il faut dire que l’histoire de l’estampe est peu enseignée aux étudiants et la plupart de ceux reçus lors de ces séances ont totalement découvert cet art. La première séance était donc tout naturellement consacrée aux différentes techniques de l’estampe pour la période moderne. Découverte des outils, des matrices, des papiers, des filigranes, de l’encrage, de l’édition, etc.
Outils de gravure et matrice en bois (fonds Jamar)
Un étudiant regarde les détails de la gravure à l’aide d’un compte fil.
Cette médiation sur l’estampe porte ses fruits puisque dès la première année, plusieurs étudiants ont manifesté leur intérêt pour ce médium. Certains ont orienté leur sujet de master sur des graveurs ou des ensembles gravés conservés dans les institutions lorraines.
Par exemple, plusieurs étudiants de licence d’histoire ont participé à l’identification des personnes citées sur le site « Le Journal de Durival » [↩]
Parmi les nombreux plans de Nancy qui furent réalisés au xviiie siècle, celui de Belprey est probablement le plus célèbre. D’une taille impressionnante, il représente la ville en perspective et, est accompagné de douze vignettes illustrant les commandes ducales. Levé et gravé par un certain « Belprey » l’un des brigadiers des gardes du Roi Stanislas en 1754, il est attribué soit à Nicolas soit à Thomas.
Le plan général des deux villes de Nancy
Levé et gravé par Belprey en 1754, le plan mesure 86 cm de hauteur sur 124 cm de largeur. Gravé à l’eau-forte sur quatre matrices en cuivre, il se présente à l’origine sous la forme de quatre feuilles à assembler pour constituer le plan complet. Les feuilles sont alors découpées puis assemblées soigneusement pour que le motif soit parfaitement continu.
Belprey (Nicolas), Plan général des deux villes de Nancy et des nouveaux édifices que sa majesté le Roy de Pologne Duc de Lorraine et de Bar y a fait construire, gravure à l’eau-forte et au burin sur papier vergé, H-FG-ES-00040
Le plan est représenté en perspective et accompagné de douze vignettes illustrant les commandes ducales : hôpital Saint-Julien, portail de la primatiale, nouvelle intendance, Maison de la Mission Royale, portail de l’église de Notre-Dame de Bonsecours, ancien hôtel de l’intendance, Bourse, un des quatre pavillons de la place Royale, façades opposées à l’Hôtel de ville, façade de l’Hôtel de ville, statue de Louis XV et Arc de triomphe ou porte Royale.
Certaines vignettes sont erronées car elles présentent des détails plus proches des vignettes gravées par Jean-Charles François (1717-1769) pour le Recueil de Héré, que de la réalité. Par exemple, on aperçoit deux travées de trop sur le bâtiment de l’ancienne intendance.
Publiées avant l’achèvement des travaux, elles peuvent montrer un projet non retenu (fronton à l’intendance, absence des allégories de la statue royale).
Nicolas ou Thomas Belprey ?
Dans le titre gravé il est fait mention de l’auteur de ce plan : « levé par Belprey, l’un des brigadiers de ses gardes en 1754 ». Cette phrase avait permis à Albert Jacquot dans son Essai de répertoire des artistes lorrains1d’attribuer ce plan à Thomas, s’appuyant pour cela sur les archives de Nancy publiées par Henri Lepage en 18652.
Sa première source figure dans le tome II p. 381, il est fait mention d’une somme payée pour l’année 1753-1754 « au sieur Belprey, brigadier des gardes-du-corps du roi de Pologne, pour dix exemplaires des plans des villes de Nancy ».
Sa seconde source se trouve dans le tome III p. 348 où il est fait mention, pour les baptêmes de la paroisse Notre-Dame de « 1701. 14 juillet. Louis, fils de Thomas Belprey, garde de S.A.R., et de Catherine Lafrené ».
Sa troisième source se trouve dans le tome IV appelé aussi « Documents inédits » mais elle ne fait que citer une épreuve du plan de Belprey tirée sur satin.
Il n’y a donc comme source qu’une seule mention d’un prénom attaché au nom de Belprey, mais la réalisation du plan de Nancy n’y est pas associée. D’autre part, si l’on considère l’âge de Thomas Belprey d’après les sources, âgé probablement entre 15 et 20 ans au minimum au moment de la naissance de son enfant, il aurait alors plus de 74 ans au moment de la gravure du plan. L’hypothèse de Thomas Belprey comme auteur du plan semble donc plutôt fragile.
Dans l’acte de baptême de 1701 de Louis Belprey, fils de Thomas Belprey, il est précisé que Thomas occupe la fonction de « garde de S.A.R ». Il s’agit donc de la fonction de garde au service du duc de Lorraine Léopold. Il ne peut pas, là encore, être rattaché à la fonction de « brigadier des gardes du corps du roi de Pologne ».
Nicolas Belprey
Sans lien de parenté apparent avec Thomas, Nicolas Belprey est né à Toul le 26 octobre 17133. Il est le fils de Laurent Belprey, marchand orfèvre à Toul et de Marie Guignot. Nicolas Belprey est un descendant d’une dynastie d’orfèvres, enracinée à Toul, où quatre générations portant le nom de Belprey sont identifiées pour le XVIIe siècle.
Extrait de l’acte de naissance de Nicolas Belprey
Il est probable que le jeune Nicolas ait reçu une formation d’orfèvre dans l’atelier familial mais il a également fréquenté l’atelier du peintre Jean Girardet (1709-1778).
Dans son étude sur le peintre, Gérard Voreaux signalait que « Nicolas Belprey (1713-1786) a étudié dans l’atelier de Girardet »4. Les cours de peinture étaient dispensés au château de Lunéville à partir de 1752 puis dans l’atelier et la maison du peintre. À la mort de Girardet, Nicolas Belprey prononça sur la tombe du maître un émouvant hommage5.
Plusieurs anecdotes concernant la carrière artistique de Nicolas Belprey ont été rapportées au xixe siècle. Il semblerait qu’il ait été peintre — mais on ne connaît de lui aucun tableau —, dessinateur et graveur.
En 1734, Nicolas Belprey et Françoise Ginet ont un enfant prénommé Nicolas qui naît à Ligny-en-Barrois. Nicolas et Françoise se marient en 1735 et donnent naissance à trois autres enfants tous nés à Lunéville en 1740, 1741 et 1742. Sur les registres des actes de baptêmes, il est précisé pour chacun des enfants le prénom et la fonction de leur père : « Nicolas Belprey, garde du corps de sa Majesté ».
Acte de décès de Nicolas Belprey
Nicolas Belprey décède à Lunéville le 8 avril 1786 à l’âge de 73 ans6. Il est inhumé au cimetière de la ville.
Les gravures de Nicolas Belprey
Il existe, à notre connaissance, deux autres gravures pouvant être attribuées à Nicolas Belprey. Il s’agit de deux vues du château du Prince Charles à Lunéville : Vue du château de monseigneur le duc Charles de Lorraine du côté des bosquets de Lunéville présenté à son altesse royale (M-PI-AL-00001-078) et Vue du même château du coté des jardins (M-PI-AL-00001-077).
Belprey (Nicolas), Vue du château de monseigneur le duc Charles de Lorraine du côté des bosquets de Lunéville présenté à son altesse royale, gravure à l’eau-forte et au burin sur papier vergé, M-PI-AL-00001-078Belprey (Nicolas), Vue du même château du coté des jardins, gravure à l’eau-forte et au burin sur papier vergé, M-PI-AL-00001-077
Seule la première est signée dans l’estampe « par son très humble et très obéissant serviteur Belprey » mais les deux gravures forment un ensemble numéroté. Le château du Prince Charles fut construit à la demande du duc Léopold pour son fils Charles-Alexandre (1712-1780) et les travaux furent terminés vers 1734. Ces deux gravures datent donc entre 1734 et 1786.
En 1882, la Société d’Archéologie lorraine et du Comité du Musée Lorrain rapporte une anecdote rappelant la carrière artistique de Nicolas Belprey. Il s’agit d’une lettre de M. Charles-François Guibal, descendant du sculpteur Barthélémy Guibal, qui raconte comment il a récupéré le portrait de son aïeul peint par Girardet et qui se trouvait dans les salles des séances de l’Académie de Stanislas, au moment des actes de vandalisme de 1792. Il précise alors que le portrait de Belprey figurait dans la galerie des portraits des membres de l’Académie de Stanislas et qu’il a pu être sauvé par son fils Nicolas au même moment que lui7.
La mention de ce portrait figurant dans la galerie des portraits des membres de l’Académie de Stanislas prouve bien la reconnaissance du talent et de la notoriété de Nicolas Belprey. Malheureusement aucun tableau ou dessin de Nicolas Belprey n’est aujourd’hui connu.
Bibliographie :
Arbois de Jubainville (Paul d’), Dictionnaire biographique lorrain, Metz : Éditions Serpenoise, 2003, p. 45.
Gady (Alexandre) et Pérouse de Monclos (Jean-Marie), De l’Esprit des villes, Nancy et l’Europe urbaine au siècle des Lumières 1720-1770, Versailles : Éditions Artlys, 2005, p. 322, n° 52.
Jacquot (Albert), Essai de répertoire des artistes lorrains : les graveurs, Paris : librairie Plon, 1909, p. 8.
Voreaux (Gérard), Girardet : un peintre lorrain à la Cour du roi Stanislas, Nancy : Place Stanislas Editions, 2008, p.61 et 63.
Warin (Annie), « Nicolas Belprey, un artiste toulois au service de Stanislas », dans Études touloises, 2020, n°172, p. 23-30.
Albert Jacquot, Essai de répertoire des artistes lorrains : les graveurs, Paris : librairie Plon, 1909. [↩]
Henri Lepage, Les Archives de Nancy ou documents inédits relatifs à l’histoire de cette ville, Nancy : Lucien Wiener, 1865. [↩]
Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, registre de la paroisse Saint-Jean du Cloître de Toul, BMS, 5Mi 2E 527/R 37 p. 85 [↩]
Gérard Voreaux, Girardet, un peintre lorrain à la Cour du roi Stanislas, Nancy : Place Stanislas Editions, 2008, p. 61. [↩]
Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, Registre de la paroisse Saint-Jacques de Lunéville, 1776-1786, 5Mi 328/R24, p. 391. [↩]
voir les extraits publiés dans l’article d’Annie Warin, « Nicolas Belprey, un artiste toulois au service de Stanislas », dans Études touloises, 2020, n°172, p. 23-30. [↩]
Les Bibliothèques de Nancy viennent d’acquérir un ensemble de gravures de l’artiste lorrain Claude Weisbuch (1927-2014). Un lot de 79 estampes très rares, datant de sa période nancéienne, et avant 1961, année de sa consécration critique. Une acquisition qui a nécessité le montage d’un projet de financement exceptionnel, un mécénat participatif, car le montant de l’acquisition dépassait l’ordinaire budgétaire de la bibliothèque. Une opération qui a eu un grand succès et que nous avons relatée dans plusieurs articles d’Epitomé. Cette acquisition s’inscrit dans un projet global qui concerne les graveurs lorrains contemporains, qui a été mené par les Bibliothèques de Nancy sur les années 2017 à 2019.
Claude Weisbuch dans son atelier en train de graver une plaque de cuivre à la pointe-sèche (droits réservés)
Le projet «Graveurs lorrains contemporains»
La Bibliothèque Stanislas conserve une collection remarquable de livres illustrés et d’œuvres gravées permettant de retracer toute l’histoire de la gravure, en particulier l’histoire de la gravure en Lorraine. Terre de graveurs, la Lorraine a vu naître de grands talents tels Jacques de Bellange (1575-1616), Jacques Callot (1592-1635), Sébastien Leclerc (1637-1714), Victor Prouvé (1858-1943) ou encore Étienne Cournault (1891-1948). La Bibliothèque Stanislas conserve les chefs-d’œuvres de ces maîtres et a à cœur de valoriser cette collection de gravures. La bibliothèque a toujours entretenu des liens privilégiés avec les artistes lorrains contemporains, d’une part en organisant des expositions mettant en valeur leurs travaux1, d’autre part en continuant d’acquérir leurs œuvres2. Le projet « graveurs lorrains contemporains », qui s’est déroulé sur plusieurs années, a pour objectif de compléter les collections, documenter et valoriser les œuvres de ces artistes. En 2017, trois graveurs ont été à l’honneur : Jacques Hallez (né en 1923), Roland Grunberg (né en 1933) et Claude Weisbuch.
Pour Jacques Hallez et Roland Grünberg, une acquisition de plusieurs œuvres est venue compléter les collections déjà présentes dans les institutions lorraines. Des séances d’interview filmées et enregistrées ont déjà été réalisées et seront disponibles à terme sur le site de la bibliothèque numérique du Sillon Lorrain3 : Limediagaleries. Les droits d’utilisation, pour la reproduction et la mise en ligne des œuvres, ont été négociés directement auprès des artistes. Ainsi, la création graphique contemporaine lorraine pourra être accessible au plus grand nombre, dès le départ, faisant connaître le talent de ces artistes. L’artiste Michel Jamar (1911-1997), dont le fonds d’atelier est entré à la bibliothèque en 2012, fait aussi partie de ce programme. Ce travail se poursuivra pendant plusieurs années.
La récolte, lithographie, 1953, M-FG-ES-00318 (droits réservés)
En 2018, les œuvres de jeunesse de Claude Weisbuch sont entrées dans les collections grâce à la réussite du mécénat participatif. D’autres acquisitions et donations sont venues enrichir les collections. Parmi les ensembles les plus importants : des gravures de Jean-François Chevalier, d’Elisabeth Poydenot d’Oro et des dessins de Jean-Charles Taillandier. En 2019, ce sont des œuvres du graveur Henri Lalevée et de Jacques Linard qui ont intégré les collections.
Claude Weisbuch
Né à Thionville en 1927, Claude Weisbuch a passé son enfance à Nancy. Né d’une mère lorraine et d’un père ingénieur d’origine roumaine, il grandit dans ce climat lourd et pesant des années 1930 où la crise économique, la montée des dictatures et du racisme annoncent un avenir incertain. Devant les menaces qui pèsent sur la communauté israélite, son père prend la décision de quitter Nancy pour passer en zone dite « libre ». Une période d’angoisse et de peur que l’artiste exprimera plus tard dans certaines de ses œuvres. Exilé à Roanne le temps de l’occupation allemande, Claude Weisbuch rencontre un professeur de français dont la personnalité va le marquer profondément, Georges Hacquard (1918-2014). Homme d’une vaste culture et d’une passion incroyable, capable de fédérer les énergies et d’attiser les jeunes intelligences, il lui transmet le goût de la culture et développe sa curiosité.
Claude Weisbuch revient à Nancy en 1945, après la Libération, et s’inscrit à l’École des Beaux-Arts. Il suit avec assiduité les cours de dessin et de composition décorative de Camille Hilaire (1916-2004), nommé en 1947, et ceux d’André Vahl (1913-1983), professeur de gravure. Son amitié avec le peintre Camille Hilaire va durer quasiment un demi-siècle. Il lui enseigne les bases du dessin et l’encourage à trouver sa propre expression personnelle.
André Vahl, digne élève et successeur de Victor Prouvé, va également avoir une influence décisive sur Claude Weisbuch. André Vahl dirige l’un des ateliers les plus actifs et des mieux fréquentés, qui fournit en professeurs de gravure la plupart des grandes écoles d’art françaises. Il en est d’ailleurs ainsi pour Claude Weisbuch qui devient en 1953, à l’âge de 26 ans, professeur de gravure à l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne. A l’École des Beaux-Arts de Nancy, il rencontre certains grands artistes qui continuent à venir travailler de temps en temps. Ainsi, il a observé Étienne Cournault, qui donnait avec plaisir de nombreux conseils aux étudiants curieux4.
Hommage à Étienne Cournault, pointe-sèche (acquisition 2014), G-FG-ES-00119 (droits réservés)
Bercé dans la tradition de la gravure lorraine et celle des grands maîtres, Claude Weisbuch n’a de cesse d’explorer leur univers et de rendre hommage à ceux qui ont donné au cuivre toutes ses lettres de noblesse.
Premiers succès lorrains
Dès ses premières œuvres, on remarque que Claude Weisbuch s’intéresse à la figure humaine. Cette fascination l’occupera toute sa vie.
Il débute ses premières expositions à Nancy en 1951 où il présente des gravures au Club des Arts, puis en 1952, à la Librairie des Arts de Roger Mossovic. Il y présente essentiellement des dessins et des estampes. La lithographie est très présente dans ses travaux à travers des œuvres telles L’Exode ou L’Émeute, mais aussi de nombreux nus. Bien qu’il se soit éloigné de Nancy après sa nomination aux Beaux-Arts de Saint-Étienne en 1953, il est présent dans les grandes expositions consacrées aux peintres-graveurs lorrains, par la Société Lorraine des Amis des Arts, au musée des Beaux-Arts de Nancy. En 1956, il présente à l’exposition, une peinture, deux dessins et trois pointes sèches dont l’une intitulée Hommage à Victor Guillaume5. Victor Guillaume (1880-1942) faisait l’admiration de nombreux artistes lorrains car il figure parmi les novateurs et avant-gardistes. Son talent, son amour pour la Lorraine et ses paysans ont séduit Claude Weisbuch qui lui offre, par la gravure, son premier hommage.
Cette même année, il participe à un très bel ouvrage de bibliophilie édité par la Libraire des Arts et préfacé par Pierre Marot. Intitulé Paysages lorrains6, il rassemble dix estampes réalisées par des artistes lorrains. Denis Rouart, alors conservateur au musée de Nancy, dira d’ailleurs de cette estampe : « Dans sa scène des travaux des champs, il campe des paysannes dans un style expressionniste puissant qui dépasse la peine des glaneuses pour atteindre le drame de la condition humaine »7 ».
Claude Weisbuch participe encore aux expositions lorraines en 1959. D’abord au musée des Beaux-Arts de Nancy, lors de la grande rétrospective sur la gravure en Lorraine du XVIe au XXe siècle8, puis à la Librairie des Arts. Parmi les œuvres exposées on retrouve certaines thématiques qui lui sont chères comme Don Quichotte mais aussi les glaneuses.
Du 10 au 31 octobre 1959, il présente à la Librairie des Arts un ensemble de peintures et de gravures revenant sur ses thèmes de prédilection.
Consécrations parisiennes
Le dessin occupe une part importante de son travail. On le dit déjà capable de dessiner avec une intensité d’expression rare. En 1956, il obtient le Grand Prix National de Dessin mais c’est surtout en 1957 que l’artiste va connaître son premier grand succès à Paris. Grâce aux recommandations de Camille Hilaire, il obtient la possibilité d’exposer à la galerie Saint-Placide à Paris. Une galerie importante, exposant sur deux niveaux, qui accueille en général deux artistes en même temps. Les œuvres de Claude Weisbuch sont exposées en même temps que celles du peintre Isis Kischka (1908-1973), qui n’est autre que le fondateur du Salon des Peintres Témoins de leur Temps9. Un peintre à succès et très influent qui a fait venir à la galerie nombre de grands artistes et collectionneurs. L’exposition de Claude Weisbuch est un succès et toutes ses œuvres sont vendues, dont certaines à de grands artistes comme Foujita (1886-1968). Une reconnaissance de ses pairs, des amateurs mais aussi des critiques qui ne tarissent pas d’éloges sur son travail.
La consécration arrive en 1961, avec le prestigieux Prix de la Critique10. À partir de cette date, la carrière de l’artiste connaît un succès considérable. Il participe à de nombreux projets et à des expositions dans le monde entier : Londres, Tokyo, Munich, Toronto.
La peinture prend une place plus importante dans son œuvre à partir des années 196011, mais elle garde cette particularité de l’importance du trait et de la ligne. Le dessin et la gravure sont toujours ses compagnons de route, et il choisit, dès 1966, l’illustration de grandes œuvres littéraires.
Le dormeur du val, lithographie, 1952, M-FG-ES-00319 (droits réservés)
Livres illustrés
Le premier ouvrage qu’il illustre n’est autre que le célèbre Chevalier de la Charrette, de Chrétien de Troyes, traduit de l’ancien français par Jean Frappier12. Il l’illustre de vingt-deux pointes sèches dont la virtuosité séduit le réalisateur Jean Rollin. Dans le commentaire des illustrations accompagnant l’ouvrage, Jean Rollin explique : « D’un trait tourbillonnant, le graveur projette sur le cuivre des volumes qui engendrent des êtres instinctifs et brutaux uniquement soucieux de réduire l’ennemi à merci. Ses mises en page s’équilibrent suivant une composition où tous les effets convergent pour donner à l’œuvre un brio saisissant […] Dans toutes ces gravures l’expression est portée à son point culminant d’intensité plastique et de chaleur humaine […] De Weisbuch au trait déchiqueté et dont la création s’inscrit dans le sillage de Claus Sluter, Ligier Richier, Francis Gruber, il n’y avait aucune concession à attendre. Conscient du raffinement sauvage de l’époque qui inspire son propos, il burine des personnages d’une naïveté déconcertante, animés par des sentiments simples mais énergiques. Et si la fertilité de son art leur ajoute quelque chose de grand, c’est qu’un chef-d’œuvre finit toujours par avoir l’illustrateur qu’il mérite ». Il continuera à illustrer d’autres grands auteurs comme Érasme, avec l’Éloge de la Folie en 196713, puis Machiavel en 1972 avec Le Prince14, mais encore bien d’autres auteurs tout au long de sa carrière. Un exercice qui lui plaît beaucoup car se confronter à ces textes « oblige à la réflexion ». Sensible à la beauté des grands textes littéraires, Claude Weisbuch use de sa culture et de son talent pour donner à l’œuvre une force supplémentaire à travers l’illustration. Un exercice qui demande une grande maîtrise afin d’appréhender à la fois l’esprit de l’ouvrage, les nuances de la pensée de l’écrivain tout en proposant sa propre interprétation.
Pour la plupart de ces gravures, il utilise la pointe sèche, technique la plus proche du dessin, permettant à l’artiste de travailler rapidement, sans hésitation, et d’apposer sa pensée sur la plaque de cuivre.
De l’admiration aux hommages
Dès son adolescence, Claude Weisbuch s’intéresse à certains artistes et hommes de lettres. Curieux de littérature, de théâtre, de musique, d’art et de bien d’autres domaines encore, il explore leur univers et, tout au long de sa carrière, rendra de nombreux hommages à ces hommes qui ont illuminé le monde des arts.
Jacques Callot, son compatriote lorrain, accompagne son œuvre durant toute sa vie. Passionné par l’artiste au point d’en collectionner les œuvres, il réalise, dès les années 1960, plusieurs séries rendant hommage au talent du graveur lorrain. En 1976, lors du Festival Mondial du Théâtre de Nancy, il expose à la galerie des Arts et Lettres un ensemble d’œuvres faisant écho aux personnages de la Commedia dell’Arte de Jacques Callot, eux-mêmes présentés au même moment au Musée des Beaux-Arts de Nancy. Le thème du festival cette année là étant le théâtre comique populaire, Claude Weisbuch a pu généreusement exprimer son intérêt pour l’œuvre de Callot et la Commedia dell’Arte.
Claude Weisbuch participe également à la grande rétrospective Callot de 1992. Un événement majeur pour la ville de Nancy, qui célèbre alors le 400e anniversaire de la naissance de Jacques Callot. Parmi les nombreuses manifestations, c’est l’exposition des œuvres de Claude Weisbuch qui a l’honneur d’ouvrir les festivités. Dans le catalogue de l’exposition, André Rossinot, maire de la ville, exprime toute son admiration pour son travail : « Après avoir accueilli la toute première exposition d’Art Nouveau de l’École de Nancy, les Galeries Poirel, aujourd’hui rénovées, vont abriter du 27 avril au 24 mai, 160 gravures inédites de Claude Weisbuch. Ce retour à Nancy de l’enfant prodige, chargé de la magie des nombreux succès que lui a valu son savoir-faire loin de sa Lorraine natale, constitue à lui seul un grand événement. Comme Jacques Callot, Claude Weisbuch fait partie de ces grands graveurs dont l’œuvre continue d’être diffusée internationalement […] La série d’estampes « sur Callot », que nous propose Claude Weisbuch, est sans doute la plus originale des façons de célébrer le 400e anniversaire de la naissance de Jacques Callot. C’est l’hommage d’un grand contemporain à celui qui a su révolutionner, au XVIIe siècle, l’art et les techniques de la gravure. Il était donc naturel que cette exposition soit la première inscrite à l’affiche du programme de l’année Callot. Nous ne pouvions pas mieux débuter15».
Hommage à Jacques Callot, pointe sèche, 2012 (Bibliothèques de Nancy, acquisition 2012) (droits réservés)
D’autres artistes suscitent son admiration tels Honoré Daumier (1808-1879), Tiepolo (1696-1770), Théodore Géricault (1791-1824), Eugène Delacroix (1798-1863), Gustave Courbet (1819-1877) et surtout Rembrandt (1606-1669) vont marquer une partie de son œuvre. En 1973, il organise une exposition Hommage à Rembrandt très remarquée.
Mouvements
Qualifié par de nombreux critiques comme l’artiste du mouvement, Claude Weisbuch a réalisé de nombreuses œuvres montrant la décomposition du mouvement de la figure humaine. Les violonistes, les chevaux, les danseurs et autres artistes se voient ainsi animés par un trait vif et dynamique.
Dès ses débuts, ses recherches plastiques témoignent de la volonté de traduire le mouvement. La pointe sèche, qui offre une souplesse technique proche du dessin, permet à l’artiste de donner du dynamisme à son travail. Le mouvement du trait est traduit avec toute la vigueur du geste de l’artiste. Il utilise également la lithographie, technique où la pierre remplace la feuille, qui lui permet de multiplier son dessin mais aussi de pousser cette technique jusqu’à ses limites graphiques. Certaines œuvres, graphiques ou picturales, témoignent de ce travail sur la décomposition du mouvement. La gravure intitulée Il bouge sans arrêt, exprime les préoccupations de l’artiste sur la difficulté de saisir le modèle vivant. Un mouvement du modèle qui se traduit, dans cette estampe, par le déplacement et la superposition des lignes. Dans ses peintures, l’huile sur toile nommée Il se lève, révèle également ses recherches sur la décomposition du mouvement, comme l’avaient fait au début du siècle Marcel Duchamp et Umberto Boccioni.
Des gens qui courent, 1er état, pointe sèche, P-FG-ES-06816 (droits réservés)
Les estampes de jeunesse
L’ensemble des œuvres acquises par la bibliothèque en 2018 concerne la période nancéienne de l’artiste, juste avant qu’il soit récompensé par le prix de la Critique de 1961 et donc juste avant qu’il soit célèbre. Il se compose de 79 estampes réalisées entre 1948 et 1959. Ces tirages, à très peu d’exemplaires, voire à tirage unique, témoignent d’une période de recherche plastique et technique de l’artiste.
Les deux lithographies, Le Coq d’Alicanthe et la tête de cheval (sans titre), datées de 1948, montrent une recherche esthétique intéressante de l’artiste : décomposition du motif en formes géométriques sur un plan simple où la perspective est absente. La mention de « 7e état », sur la tête de cheval, indique les nombreuses modifications faites, à travers des états successifs, pour aboutir au résultat escompté.
Sans titre [Tête de cheval], 7e état, lithographie, M-FG-ES-00332 (droits réservés)
Parmi les œuvres des années 1950, on trouve plusieurs lithographies aux motifs géométrisés mais traités à la manière de l’art cinétique. Le Cheval de Cirque, La Vague ou le Cheval des Milles douleurs sont présentés de profil, avec une architecture intérieure composée de lignes qui s’entrecroisent, colorées en noir et blanc, tel un damier en mouvement.
La figure humaine apparaît dans les estampes à partir de 1949 à travers les Toréadors noirs, L’Équilibriste, La Famille du clown ou encore les Pantomimes extraordinaires. Des œuvres réalisées dans des techniques différentes et des esthétismes très variables. Ainsi, on retrouve l’influence de la gravure d’Étienne Cournault dans au moins trois gravures de ce lot, notamment Clown ou Chevaux au bord de la mer. L’eau-forte et l’aquatinte sont très présentes, travaillées différemment, ce qui témoigne de l’expérimentation des techniques par l’artiste. L’eau-forte et l’aquatinte disparaîtront progressivement de l’œuvre de Claude Weisbuch au profit de la lithographie et surtout de la pointe sèche, techniques qui correspondent mieux à ce grand dessinateur.
Le lot d’estampes proposées à l’acquisition contient également toute une série d’œuvres, réalisées des années 1950 à 1954, s’apparentant au courant « misérabiliste » de cette période. Après la guerre, on voit apparaître en France deux courants artistiques qui s’opposent : l’abstraction et le réalisme figuratif. Ce dernier, appelé aussi réalisme social ou misérabilisme, tend à remettre la figure humaine au centre des préoccupations artistiques. Des artistes comme Francis Gruber (1912-1948)16, Bernard Buffet (1928-1999) ou Alberto Giacometti (1901-1966) en deviennent les grands représentants. Claude Weisbuch, inspiré par ce courant, va produire une grande quantité de paysannes et de paysans lorrains, marqués par le poids du labeur ou l’horreur de l’histoire. A travers des compositions épurées, mais très graphiques, un dessin anguleux, sans ombre, ni profondeur, il fait naître des personnages d’un expressionnisme puissant. Le crayon lithographique de Claude Weisbuch emprunte ici ce trait particulier, que l’on retrouve dans les compositions de Bernard Buffet et les dessins d’Alberto Giacometti.
Les œuvres des années 1955 à 1959 font la part belle à la pointe sèche et révèlent progressivement le style de l’artiste. Un trait fort et affirmé, une composition épurée mais puissante et une recherche incessante du mouvement de la figure. Ainsi, on retrouve la pureté et le velouté de la technique de la pointe sèche à travers Les Glaneuses ou Semeur. Des œuvres expressives comme Le portrait de Mme B. ou Le Nuage rappellent également l’influence de l’œuvre de Francis Bacon. La Peur du Noir, œuvre acquise par la Bibliothèque en 2014, en est un exemple parfait17.
Le travail sur le mouvement s’exprime à travers les œuvres comme Les Gens qui courent, Le Vent, Semeur ou Faucheur.
Le vent, pointe sèche, 1957, M-FG-ES-00351 (droits réservés)
L’ensemble de ces estampes témoignent des influences multiples dans l’œuvre de Claude Weisbuch. Imprégné de tous les courants artistiques qui ont constitué l’École de Paris, il trouve un style qui lui est propre dans les nuances du cubisme, du futurisme, ou du misérabilisme. L’histoire et les traditions lorraines occupent une place de choix dans ses œuvres : on y sent tout l’amour du maître pour sa terre natale.
Parmi les expositions importantes, il faut citer celle de 1994, Les graveurs lorrains et l’art du Livre, où figuraient les œuvres de nombreux graveurs lorrains anciens et contemporains, dont Claude Weisbuch, et l’exposition intitulée Six graveurs à Nancy organisée en 2002. Il y a également eu quelques expositions monographiques, notamment celles consacrées à Jacques Hallez en 2007, Roland Grünberg en 2004, Jean-Charles Taillandier en 2005 et Jean-François Chevalier en 1996. [↩]
Voir le catalogue Achats et Dons, quinze années d’enrichissement des collections de la bibliothèque 1993-2008, Nancy, 2009. [↩]
Une bibliothèque numérique de référence mettant en ligne les collections numérisées de quatre grandes bibliothèques du Sillon Lorrain : Nancy, Metz, Épinal et Thionville. [↩]
Je tiens à remercier Jacques Hallez et Henri Claude, qui m’ont beaucoup parlé de l’ambiance qu’il y avait à l’atelier de gravure de l’École des Beaux-Arts à cette époque, des liens entre les anciens élèves et les jeunes apprentis. [↩]
Peintres et graveurs lorrains, Société Lorraine des Amis des Arts, Nancy, 1956. [↩]
Paysages Lorrains : 10 gravures originales, présentées par Pierre Marot, 1956, Librairie des Arts, Nancy. [↩]
Rouart (Denis), Paysages lorrains, dans le Pays Lorrain, Nancy, 1957, p.29-30. [↩]
La Gravure sur cuivre en Lorraine du XVIe au XXe siècle, Société Lorraine des Amis des Arts, 1959. [↩]
Salon des peintres témoins de leur temps est une exposition d’art annuelle (mars-avril-mai) fondée par Isis Kischka en 1951 et se tenant au musée Galliera sur un thème particulier renouvelé chaque année. [↩]
Le Prix de la Critique est une récompense instaurée par la Galerie Saint-Placide à partir de 1942. Ce prix a contribué à la notoriété de cette galerie. [↩]
Exposition à la Galerie Hervé à Paris, en 1960, d’une trentaine de toiles rassemblées sous le titre Les Pantomimes extraordinaires ou Parade du mensonge [↩]
Chrétien De Troyes, Le Chevalier de la Charrette, traduit du vieux français par Jean Frappier, illustré de pointes-sèches par Claude Weisbuch, précédé d’un fascicule comprenant une présentation par Mr. Paul Imbs et un commentaire de l’illustration de Claude Weisbuch par Mr. Jean Rollin et remerciement de Jean Frappier, Beaux Livres Grands Amis, Paris, 1966. [↩]
Érasme, Éloge de la Folie, traduit par André Berry, lithographies de Claude Weisbuch., Bièvres, Paris, 1987. [↩]
Machiavel, Le Prince, illustré de 24 pointes sèches de Claude Weisbuch, Fogola, Turin, 1972. [↩]
Weisbuch, Exposition du 27 avril au 24 mai, Galeries Poirel, Nancy, 1992. Voir également Weisbuch, l’œuvre gravé autour d’un hommage à Jacques Callot, Galerie Visions Nouvelles, Nancy, 1992. [↩]
Claude Weisbuch avait beaucoup d’admiration pour Francis Gruber (1912-1948). Né à Nancy, fils du maître verrier Jacques Gruber, il fut l’un des grands représentant du « misérabilisme ». Mort prématurément à l’âge de 36 ans, il sera à l’honneur de l’exposition des graveurs lorrains de 1956 au Musée des Beaux-Arts, à laquelle participe Claude Weisbuch. [↩]
En 2014, année du décès de Claude Weisbuch, la Bibliothèque Stanislas a fait l’acquisition de huit œuvres de l’artiste dont La Peur du Noir. [↩]
La maison parisienne de Balzac, nichée sur les hauteurs de Passy, dans le 16e arrondissement, a rouvert ses portes le 23 juillet 2019, après un an de travaux d’accessibilité, de rénovation du jardin et de modernisation. Pour sa première exposition, l’institution a choisi de mettre en avant les liens d’amitié qui unissaient l’écrivain Honoré de Balzac (1799-1850) et l’illustrateur Jean-Ignace Gérard dit Grandville (1803-1847). Une exposition présentée du 26 septembre 2019 au 13 janvier 2020, pour laquelle la Bibliothèque Stanislas et le Musée des beaux-arts de Nancy ont prêté plus d’une cinquantaine d’œuvres.
La maison de Balzac se situe un peu en contrebas de la rue, son jardin offre une vue imprenable sur la Tour Eiffel.
Dans les salles de presse
Étrennes au peuple, dessin à l’encre sur traits au crayon graphite, Bibliothèques de Nancy, P-TS-DE-00157
Les premiers journaux illustrés du début du XIXe siècle font une large place aux gravures et aux commentaires qui les accompagnent. Dans les salles de rédaction, illustrateurs et rédacteurs se côtoient. C’est ainsi que Jean-Ignace Gérard dit Grandville et Honoré de Balzac se rencontrent. Grandville est alors connu pour ses caricatures animalières et les premiers dessins qu’il fournit aux journaux restent dans cette veine. À ces fantaisies succèdent des caricatures politiques d’abord contre Charles X puis contre le gouvernement de Louis Philippe. Les divergences politiques de Grandville, plutôt républicain, et de Balzac, plutôt monarchiste, vont entraîner leur éloignement progressif, à partir de 1831.
Digestion du budget. Travail administratif, politique, moral et surtout économique, dessin à l’encre sur traits au crayon graphite, Bibliothèques de Nancy, P-TS-DE-00156
Balzac commentateur de Grandville
Balzac est l’un des seuls écrivains de son temps à s’intéresser aux dessinateurs. Les relations entre Balzac et Grandville sont certainement excellentes car Balzac écrit trois articles où il vante les œuvres du jeune artiste. Ce sont les œuvres Voyage pour l’Éternité, Mœurs aquatiques et Bacchanales qui retiennent l’attention de l’écrivain.
Vitrine pour Voyage pour l’Éternité
À propos de Voyage pour l’Éternité, publié en 1830, Balzac dira : “Un homme naît avec une jolie figure ou laid comme un Osage, et l’on meurt bien ou mal, voilà toute la question : mourir jeune c’est se trouver en bonne fortune. Telle est l’analyse du délicieux album de M. Grandville. Nous en avons faiblement traduit la spirituelle moralité, les tableaux comiques. De la profondeur philosophique et de la caricature, voilà ce qu’on ne fait qu’en France et qu’à Paris. M. Grandville avait donné de la bêtise aux hommes, de l’esprit aux animaux, il vient de donner de la gaieté à la mort.”[[ extrait de l’article “Voyage pour l’Éternité […]. Album funéraire, par Grandville […]” La Silhouette, 15 avril 1830]]
La Mort en Cupidon tire du lit un haut dignitaire, dessin à la plume et encre brune sur traits de crayon graphite, 138 x 181 mm, Musée des beaux-arts de Nancy, inv. 877.643
Grandville illustrateur de Balzac
Les lois sur la presse rétablissent la censure à partir de 1835, mettant fin ainsi à la caricature politique. Aussi, Grandville est-il contraint de se reconvertir dans l’illustration. A partir de 1840, il participe à deux grandes entreprises éditoriales réunissant des textes d’écrivains connus : Les Français peints par eux-mêmes et les Scènes de la vie privée et publique des animaux.
Scènes de la vie privée et publique des animaux, dessin à l’encre sur traits aux crayon graphite, Bibliothèques de Nancy, P-TS-DE-00171
Pour Scènes de la vie privée et publique des animaux, Honoré de Balzac fourni cinq textes qui seront illustrés par Grandville. Cet ensemble de soixante et onze gravures caricature la vie publique et l’actualité parisienne au travers du monde animal.
Brochures publicitaires pour “Scènes de la vie privée et publique des animaux”
L’intérêt de Grandville pour la caricature sociale le rapproche aussi d’Honoré de Balzac. L’artiste réalisera au cours de sa carrière plusieurs caricatures de Balzac mais des caricatures moins mordantes que ses charges politiques, témoignage de leurs relations amicales.
Merci aux équipes de la Maison de Balzac pour leur accueil et l’autorisation de dévoiler quelques éléments de l’exposition.
En 1973, une poignée de jeunes Nancéiens passionnés de jazz décident de monter un festival, à l’image du Festival Mondial du théâtre qui se tenait chaque été à Nancy. Une aventure qui commence dans les greniers d’une ferme de Xirocourt, dans laquelle des groupes viennent régulièrement jouer. L’événement se déplace ensuite au Caveau de la Commanderie à Nancy. Il attire toujours plus de curieux et d’amateurs. L’idée de monter un festival est née.
Première affiche du Nancy Jazz Pulsations créée en 1973 par Roland Grünberg, sérigraphie en deux couleurs, Sérica, Nancy, 1973, Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
Roland Grünberg, qui fait partie des amateurs de jazz et de musiques nouvelles, participe à la création de ce premier festival. Il crée toutes les affiches pour l’année 1973 mais également le journal du festival.
Le jazz envahit la ville et Roland Grünberg crée des chars, tous plus incroyables les uns que les autres, pour les parades dans Nancy.
Il réalise, tout au long de sa carrière, de nombreux portraits des plus grandes figures du jazz mais rend aussi hommage à de nombreux musiciens et artistes célèbres tels Chopin, Mozart ou encore Bob Marley, Bono et Mickael Jackson.
Hommage à King Buddy Bolden, sérigraphie en noir, Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
En 2016, les Bibliothèques de Nancy réalisent une interview de Roland Grünberg. Il leur raconte l’histoire du Nancy Jazz Pulsations. Voici la retranscription de cet interview.
– A la suite du théâtre, vous vous êtes intéressé à un autre festival, puisque vous avez été aussi un des fondateurs du Nancy Jazz Pulsations.
“Oui j’étais toujours amateur de jazz et à un moment les amateurs de jazz de Nancy se déplaçaient pour aller dans la campagne, dans un petit bled qui s’appelait Xirocourt […] et on faisait le festival dans […] une ferme qu’on avait loué, et les musiciens venaient et ils y dormaient. Comme ils y dormaient ils n’avaient pas à rentrer en voiture avec plus ou moins de consommation alcoolique. Ça a été vraiment une aventure assez intéressante. Jusqu’au jour où on s’est dit que ce serait peut-être bien de retourner sur Nancy et nous avons curé, récuré, vidé et réaménagé des caves rue de la Commanderie. Il y avait des caves des brasseries : alors c’est là que nous avons créé un club, le Club de la Commanderie. Et on a fait venir sur contrat des musiciens qui se faisaient payer. Alors que quand on se produisait à Xirocourt, des musiciens il y en a qui se faisaient payer, et pour avoir ceux qui se faisaient payer il fallait qu’on ait beaucoup de choses autour et donc on a pris des gens qu’on ne payait pas. Ça a toujours été l’habitude dans ces premiers festivals de demander aux gens de se produire “gratis prodeo”.
Liste des artistes ayant participé au festival en 1973. Cette liste figure au verso du programme de 1973. Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
– C’est cela qui amenait de la diversité aussi ? C’est cela qui vous plaisait ?
“Oui c’est vrai. Et finalement comme j’ai continué de dessiner, j’ai fait des dessins, des bandes dessinées, des annonces.”
Programme pour le Nancy Jazz Pulsation de 1973, procédé d’impression en couleur sur papier, Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
– Vous avez fait pas mal de programmes, d’affiches, il y a de très belles affiches. On retrouve là votre style, votre manière de dessiner, on retrouve votre univers qui se marie très bien avec cette manifestation, avec l’univers de la musique.
“Oui l’univers fantastique. Et il est même venu un moment des chars. Comme les chars de carnaval italien, des chars de 7 mètres, des chars que j’avais dessinés et réalisés en papier mâché sur grillage, mis en relief à la pince. Et ils ont paradé dans la ville de Nancy avec quelques milliers de personnes qui dansaient autour des chars. Les chars faisaient 7-8 mètres ils étaient tirés par des tracteurs. Et on ne les a même par gardés, on les a détruits.”
Photographie montrant les chars créés par Roland Grünberg défiler sur la place Stanislas lors du Nancy Jazz Pulsation en 1973, photographie en noir et blanc, Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
Projet de char pour la street parade de Nancy Jazz pulsations 73, dessin à l’encre stylo et crayon graphite sur papier, Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
Projet de char pour la street parade du Nancy Jazz pulsations de 1973, dessin au crayon de couleur et stylo sur papier, Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
Projet de char pour la street parade du Nancy Jazz pulsations de 1973, dessin au feutre et stylo sur papier, Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
– Vous avez participé au festival pendant plusieurs années, il y a eu des groupes de jazz et des jazzmen que vous avez portraiturés ?
“Oui oui et j’en ai exposé aussi. C’est vrai j’étais devenu l’artiste du festival, l’artiste maison comme j’avais été l’artiste maison du festival de théâtre.”
Portrait de Louis Armstrong, dessin à l’encre sur papier, Bibliothèques de Nancy, nouvelle acquisition
Le Nancy Jazz Pulsation 2019 se déroule du 9 au 19 octobre dans différents lieux de Nancy. Comme chaque année, des milliers d’amateurs peuvent y découvrir des groupes nouveaux et différents styles musicaux. Un événement toujours très attendu des mélomanes.
Histoire et collections de la Bibliothèque de Nancy